La première au disque de Flavio, par René Jacobs il y a plus de 20 ans, était vocalement inégale, et on se réjouissait de cette seconde tentative, par Christian Curnyn. Malheureusement, cette partition parfois un peu languissante, où la musique n'est pas aussi constamment de premier choix que dans l'Ottone de la même année, par exemple, est mal servie par une direction lourde, dépourvue de phrasé dans les airs au tempo lent ou modéré : Curnyn a le plan-plan d'un Alan Curtis sans en avoir l'élégance. Il ne se réveille un peu, par force, que dans les airs vifs.
Chez les chanteurs, ce sont - une fois n'est pas coutume - les deux jeunes contre-ténors qui s'en tirent le mieux : des voix fraîches, des timbres agréables, plus charnu chez Tim Mead (Flavio) ("Chi puo mirare"), plus léger - à la Jaroussky - chez Iestyn Davies (Guido), lequel a l'intelligence de ne pas chercher à forcer sa voix dans les airs de bravoure ("Rompo i lacci"), et sait compenser son volume modeste par une bonne technique sur les accents. Au second plan, le ténor Thomas Walker et le bayton-basse Andrew Foster-Williams incarnent sans reproche respectivement Ugone et Lotario, même si ce dernier se laisse parfois aller à meugler un peu. Chez les femmes, en revanche, grosse déception : d'Emilia, qui est le vrai personnage principal, Rosemary Joshua gâche les plus beaux airs par un vibrato excessif, sur un timbre un peu acide : la comparaison de son "Ma chi punir desio" avec celui de Sandrine Piau dirigée par Rinaldo Alessandrini est sans appel. Relative déception aussi à l'écoute d'Hilary Summers en Teodata : sa voix et sa technique sont comme toujours parfaites, mais elle semble bien peu concernée ; il est vrai qu'elle n'a pas les plus beaux airs de la partition. Finalement, c'est la mezzo Renata Pokupic qui incarne le mieux son personnage pourtant masculin de Vitige, avec une belle vigueur (Sirti, Scogli, tempeste). Ajoutons que la prise de son, comme souvent chez Chandos, est assez dure et froide, ce qui n'avantage ni les soprani, ni l'orchestre. Espérons que nous n'aurons pas à attendre encore 20 ans une meilleure version.