Il fut un temps où, en France, on s'intéressait aux auteurs anglais. Chateaubriand n'a-t-il pas traduit "Le Paradis Perdu" de John Milton, l'auteur de L'Allegro, et du Penseroso, oeuvres largement inconnues (ou méprisées), écrites en 1632 et publiées en 1645.
En 1740, Charles Jennens, complice de Haendel, va associer les caractères de ces deux personnages, ajouter un troisième larron, Il Moderato, et lui livrer la matière de cette ode pastorale, forme musicale encore inédite. Haendel s'est donc pris au jeu d'une restitution du cadre bucolique, et des penchants opposés de ces "héros", en mettant en musique un texte dont (chez nos critiques) il est habituel de se moquer : trop lénifiant, et surtout trop moralisateur... le pire des crimes.
Pourtant, en y regardant bien, avec les yeux désabusés de notre époque, il ouvre des perspectives plutôt philantropiques et nous livre une vision, certes idéale, mais au combien apaisée, sereine, et positive du monde.
Il faut dire que la musique de Haendel, place l'auditeur dans une disposition d'esprit propice à la méditation et à l'équanimité. Si "toute joie dans ce monde est éphémère et transitoire, artificielle et imparfaite", ici le bonheur de l'écoute est durable, réel, et... parfait. Ce qui n'est pas exempt de quelque mélancolie. Pour les coeurs secs peu enclins aux épanchements, ne manquez pas "These pleasures, Melancholy, give...". La voix de Patrizia Kwella (soprano), le Monteverdi Choir, et l'English Baroque Solists de Gardiner, peuvent vous changer, définitivement, la vie. Le bonheur existe bien, il suffit d'écouter Haendel... en lisant Milton.
RG-2005-09