Bon, chacun est libre de penser que Sandrine Piau est actuellement "la plus grande chanteuse haendelienne". C'est ce qu'écrit d'ailleurs Sara Mingardo dans le texte de présentation de ce disque, et il est vrai que le récital d'airs sacrés qu'elle a consacré à Haendel fut un moment de grâce infinie. Mais l'opéra exige un autre sens du dramma que je cherche ici en vain. L'accompagnement de Rinaldo Alessandrini est d'une grande élégance et le contraste des voix retenues particulièrement excitant. Le soprano aérien de Sandrine Piau et le vrai contralto de Sara Mingardo sont d'ailleurs censés se faire l'écho des joutes historiques entre le castrat Senesino et la soprano Francesca Cuzzoni. Au-delà de ces très bonnes intentions, le disque ronronne bien vite à mon goût, car les interprétations manquent cruellement de chair et de théâtre. Bref, l'écoute se fait distraite... Pour les émois du coeur et la passion, et pour la vie du théâtre, je reste donc fidèle au duo Patricia Cioffi / Joyce Di Donato enregistré par Virgin, et cela malgré Alan Curtis. Une comparaison avec les airs de Poro, Orlando et Amadigi, communs aux deux disques, est particulièrement éloquente !