Ottone est l'un des opéras de Haendel qui eurent le plus de succès - justifié - à son époque : on s'étonne donc qu'il soit si peu souvent repris de nos jours. Après le très médiocre essai de Nicholas McGegan en 1992, on espérait que Robert King, l'année suivante, rendrait enfin justice à cette oeuvre bourrée d'excellente musique. Hélas, tous les rôles principaux sont distribués de façon discutable : le rôle-titre est confié au contre-ténor James Bowman, style désuet et voix fatiguée dont les coups de glotte accusent le manque de legato. Le rôle de Gismonda est confié à la soprano Jennifer Smith, dont les aigus perçants et le timbre nasillard transforment l'air "Trema, tiranno" en un air de sorcière. Pénible également est le timbre ingrat du contre-ténor Dominique Visse (Adalberto) dans ses airs de bravoure - et pourtant, ce fin musicien parvient à séduire dans les airs lents ("Bel labbro", "Lascia che nel suo viso"). En Teofano, la soprano Claron McFadden, est si inexpressive qu'elle réussit à rendre ennuyeux le célèbre "Affanni del pensier". Seuls les deux rôles secondaires tirent honorablement leur épingle du jeu : La mezzo Catherine Denley est une Matilda crédible, même si elle manque un peu de flamme, et la basse Michael George, moins engorgé que parfois, incarne assez bien le pirate Emireno. La principale qualité de ce coffret sont les commentaires de Robert King, comme toujours extrêmement détaillés, scène par scène, dans le livret d'accompagnement. A quand une bonne version, attendue depuis 20 ans ?