Cet opéra fait partie, comme Serse ou Flavio, d'un genre très minoritaire chez Haendel, celui de la "comédie sérieuse", fondée sur une intrigue amoureuse légère. Son insuccès lors de sa création n'est pas justifié par la qualité de la musique, qui est d'un bon niveau haendélien. Dans cette production de Christian Curnyn, ce sont les rôles secondaires qui sont le mieux distribués : la contralto Hilary Summers est parfaite en Rosmira, le ténor Kurt Streit clair et incisif en Emilio, malgré un timbre légèrement nasal, et le contre-ténor Stephen Wallace très séduisant de timbre et de souplesse vocale en Armindo. Hélas, les deux rôles principaux sont très inégaux : dans le rôle-titre, la soprano Rosemary Joshua commence très mal par un "L'Amor ed il destin" brouillon et approximatif qui ne supporte pas la comparaison avec la version de Sandrine Piau dans son récital de la même année avec Christophe Rousset. Elle s'améliore ensuite dans l'Acte II avec les beaux "Voglio amare" et "Qual farfalletta", mais sa voix reste dans l'ensemble trop étroite et tourne parfois à la soubrette. Quant à Lawrence Zazzo (Arsace), dont la voix de falsettiste est assez proche de celle de René Jacobs, en moins timbrée, il n'est satisfaisant que dans les lamenti de l'Acte III, il est vrai très beaux ("Ch'io parta", "Ma quai note di mesti lamenti"), mais défaille dans les vocalises et les notes aiguës. Mais le pire, c'est, dès l'ouverture, la direction molle, paresseuse, et ennuyeuse de Curnyn, laquelle, jointe à l'absence de traduction française - d'autant plus regrettable que le livret est particulièrement intéressant -, dissuade l'auditeur de suivre le détail des récitatifs. Ajoutons que la prise de son est trop lointaine. Ce disque est quand même meilleur que la vieille version de Kuijken, très dépassée, mais son acquisition n'est à recommander qu'aux haendéliens passionnés.