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Voilà un disque à manipuler sans aucune précautions : abus dangereux recommandé ! Proche de la scène lyonnaise dont on connaît également High Tone et Le Peuple de l'herbe, pour ce qui concerne ceux officiant dans un registre voisin, Ezekiel s'attelle à l'exploration des méandres bigrement complexes du dub. Plutôt que de se cantonner à un hommage purement "roots", au pape du genre, King Tubby, la formation recycle en sous-main de fortes influences rock, punk notamment, et c'est tant mieux. En pareille compagnie, on se surprendra à goûter l'irruption d'un accordéon musette, comme à constater la présence de Yann Tiersen au violon, esprit curieux, inventif et ouvert à tous les possibles puisqu'on l'a déjà croisé en compagnie d'autres Lyonnais de choc : ceux du combatif combo posthardcore Bästard.
--Hervé Comte
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Barbares, eh là !
Ez3kiel, groupe français de dub fusion, touche au classicisme le plus épuré
Il arrive parfois qu'un disque s'invite chez vous sans qu'on l'ait attendu. Aucun valet de l'industrie du disque ne l'avait annoncé et il ne supporte aucune étiquette. Sous ses allures barbares, se cache un raffinement exquis qu'on gagne, à la longue, à traîner dans les abris antinucléaires. Tel est le cas de Handle With Care, splendide premier album d'Ez3kiel, trio originaire de Tours, qui sort sur le label lyonnais Jarring Effects, incontournable base souterraine de l'électro-dub français. La pochette est une parfaite carte de visite : leurs dreadlocks, ces zozos les ont ramassés en une perruque poudrée. Ils les gênaient pour sampler à leur aise.
Venu du chaudron dub et hardcore, Handle With Care témoigne d'une subtilité étonnante. Pendant que leurs copains brisaient des crânes, Ez3kiel potassait ses machines, à la manière du héros du Parfum : avec un nez diabolique qui leur permet d'harmoniser les fragrances les plus opposées (samples tribaux, miaulements dubs, voix susurrées, trompettes bouchées, machines stridentes, jungle soyeuse). Ici, pas de bla-bla mondain, d'effets de manche inutiles. Tout vibre d'une urgence et d'une tension graciles. La fin du monde approche. Il faut parler encore. Dans le splendide "How Do you Sleep ?" se déploie un dub hallucinant de rage rentrée, une symphonie héroïque de noirceur. Balancé par le chœur des vierges, le va-et-vient des machines-outils charrie un anathème rasta : "You Don't Like It When We Tell The Truth/You Don't Like It When We Wake Up The Youth
" Tout cela s'appelle un style – et, d'après Buffon, le style, c'est l'homme. Avant ou après l'Apocalypse. --Patrick Williams