J'ai découvert Hannibal Lecter quand j'étais au collège en 3è. Les médias parlaient du film "Hannibal" qui allait bientôt sortir en salles et cette histoire de cannibale m'intriguait. Et voilà que passe "le silence des agneaux" à la télévision.
Ce fut le début de mon plus grand coup de c½ur littéraire. Fascinée par la prestation d'Anthony Hopkins (qui restera pour moi le seul Hannibal Lecter, le vrai), je me suis ruée sur les livres...
Harris a réussi dans sa trilogie un tour de maitre. Hannibal Lecter arrive peu à peu, dans l'ombre, en silence et presque sans se faire remarquer.
A peine quelques scènes dans Dragon Rouge... quelques lettres écrites à Will Graham. L'histoire de Dolharyde est poignante, la fin est tragique,Dolharyde prend toute la place, remplit toute l'intrigue et pourtant à la fin on n'a pas oublié le Docteur.
Plus mis en avant dans le Silence, Lecter et Jame Gumb se partagent le livre à parts égales et pourtant à nouveau c'est à Lecter qu'on pense en terminant le livre, Lecter et Clarice et leur relation si particulière. Exit Buffalo Bill!
Et enfin, tant d'années après, "Hannibal" que certains ont détesté mais que j'ai adoré, "Hannibal" qui place Lecter au centre du livre, libre enfin, libre de vivre ses petits plaisirs, libre de retrouver Clarice et d'évacuer ses démons intérieurs (qu'Harris évoque à petites touches subtiles largement suffisantes), libre enfin dans les derniers chapitres d'échapper aux lecteurs que nous sommes et de vivre sa propre vie...
La trilogie est magnifique dans le sens où ce sont les personnages qui l'écrivent. Lecter a une vie propre qu'Harris ne fait qu'observer et raconter. Harris est un observateur, refusant d'intervenir dans les choix de ses personnages, d'où la fin d'"Hannibal", si perturbante pour certains... mais croyaient-ils pouvoir rationaliser Hannibal Lecter? Harris, pudique, qui referme la porte sur ses héros...
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Face au succès de la franchise voilà qu'universal voudrait avoir plus de Lecter a jeter en pâture au public avide. Les films ça rapporte, il en faut plus, plus et encore plus.
Alors voilà qu'Harris se lance dans un 4ème roman pour garder le contrôle sur sa création. Il ne peut plus broder sur Lecter et Clarice vu que ceux-ci se sont enfuis (et ont été trahis dans la fin d'"Hannibal" le film...) alors il se tourne sur les oubliettes du palais de la mémoire de Lecter et nous raconte son enfance.
Mais Lecter n'est plus là, Harris ne peut plus l'observer comme dans la trilogie. Lecter nous a quitté avec Clarice. Alors Harris se débrouille avec ce qu'il a déjà pu observer de lui et brode... sauf que le résultat ressemble plus à une mauvaise fanfiction qu'autre chose.
Oui, l'écriture est toujours du Harris mais non Lecter n'est plus là pour le guider. Les quelques mauvais souvenirs de son enfance étaient largement suffisants dans "Hannibal", ils sont dérangeants pour moi dans ce livre. J'ai l'impression d'épier quelque chose que je ne devrais pas voir, comme quand plus petite je m'endormais devant la télé et je me réveillais tard le soir devant le téléfilm érotique d'M6. On reste collé à l'écran tout en étant vaguement dégouté et mal à l'aise...
Je ne veux pas épier le passé de Lecter, je pense qu'il n'aimerait pas vraiment ça.
Cependant, au moins les événements en Lituanie et la revanche de Lecter contre les bourreaux de sa soeur me paraissent plausible. Depuis "Hannibal" j'ai eu le temps de me l'imaginer.
Ce qui me gêne le plus dans ce livre ce sont les incohérences terribles du personnage. Où sont passés les détails qui faisaient de Lecter ce qu'il est? Sa polydactylie a disparu? Et sa culture profondément européenne et antique? Disparue aussi au profit d'une ouverture vers le japon?
Excusez moi mais JAMAIS je ne pourrai imaginer Hannibal Lecter composant des Haikus ou apprenant l'art floral, JA-MAIS. Je décide que Lady Murasaki n'a jamais existé dans ce livre, je ne peux pas le concevoir.
Je ne garderai en mémoire que le premier et dernier quart de ce livre (traumatisme et vengeance) tout en sachant que j'aurais pu l'imaginer moi-même et n'avais pas besoin d'en savoir autant de toute façon.
Lecter existait de par son mystère. Distant du lecteur, jamais Harris ne s'était introduit dans sa tête pour nous révéler ses pensées, jamais il ne l'avait appelé autrement que le Dr Lecter (seul l'horrible Chilton ayant l'impolitesse de l'appeler "Hannibal").
Ici Hannibal est dépouillé de tout secret, de toute pudeur, les moindres recoins de son esprit sont exposés à notre curiosité... irai-je aussi loin que de dire que nous assistons à un viol du personnage? Pourquoi pas....