Intro sur le mode comique... Un pauvre type pénètre dans un cinéma, qu'on imagine un peu glauque, demande une place pour "Lil Kim Hardcore", prend des popcorn et beaucoup de serviettes, dont on imagine l'usage très vite... C'est donc un film classé X. Assumé comme tel. Vulgaire ? Oui, sans doute. Mais dès "Big Momma Thang", les choses sont claires, tous les clichés du gangsta rap sont là, mais Lil' Kim retourne l'hégémonie masculine à l'envers, c'est elle qui mène le jeu de son flow assuré et agressif. La crudité des paroles dans la bouche de la petite nana fait son effet. Ce n'est qu'un début. Oublier le truc assez naze où Puff machin se met en avant (surprise), "No time", titre à l'aune de ce qu'il faut en penser. Histoires de mauvaise fille sur sample de piano jazzy "Spend a Little Doe", au groove imparable, Kim prône le matérialisme et le plaisir féminin d'abord. "Crush On You", par un Lil Cease à peu près aussi romantique qu'on puisse l'être dans ce contexte, avec ces claviers soyeux et un refrain suave par Notorious B.I.G., maître d'oeuvre dans l'ombre de la petite Kim. Métaphore enfumée avec accords de guitares lumineuses, "Drugs" et son rythme languide pour fin de soirée. Ambiances cinématographiques, sombres, nocturnes pour des histoires de gang déjà vues mais racontées comme personne par la gangstress en chef, "M.A.F.I.A Land"; quelques frissons pour les trompettes qui se posent au détour du fantastique "Queen Bitch", autoportrait vantard et drôle de la reine autoproclamée des s......, qui fait de drôle de choses en regardant des cartoons (oh, faut bien écouter ce qu'elle nous raconte, ne pas en perdre une miette). Entre les déclarations d'amour, les règlements de compte de gangs et l'auto-affirmation d'une féminité forte et décomplexée, Lil' Kim parle de sexe, de la même façon que ces grands coqs de rappeurs le fond sur leurs albums, aussi crûment, aussi vulgairement, mais en retournant la situation. Tel le très drôle "Dreams", où la belle fantasme de se payer toute une longue liste de chanteur de R'n'B, sans complexe, le tout sur un fond minimaliste mais très soul et groovy. Quand c'est raté, c'est qu'elle délègue à des MC pas au top "We don't need it" (encore une fois, le titre veut tout dire). C'est à elle, la reine qui envoie valser ses détracteurs avec brio "**** You", qu'il revient d'imposer son flow unique et son désir, "Not Tonight", funky et putassier, renvoyant ces messieurs à leurs devoirs avec une verve incroyable. Comme manifeste de féminisme, HardCore est cynique dans la forme, obéissant en apparence à tous les clichés de la femme objet-sexuel, mais imparable sur le fond, sexy, et surtout très drôle.