« A hard day's night » (barbarisme dû à Ringo Starr) est le troisième album des Beatles et le plus abouti, le plus homogène de leurs débuts discographiques. La raison essentielle est à rechercher au niveau des compositions, toutes signées Lennon - McCartney, alors que les deux premiers comptaient la moitié de reprises.
Le son lui aussi progresse, l'enregistrement étant réalisé sur un quatre pistes stéréo, même si c'est un mix mono qui sera commercialisé. Pas de bouleversement radical pour autant, le disque s'articule autour des tubes magiques entretenant l'hystérie collective de la jeune gent féminine anglaise. Ici, ce sont le morceau-titre, « And I love her » et « Can't buy me love », dont il n'y a rien à dire, tant ils sont à juste titre archi-connus. Mais derrière ces trois locomotives (qui entraîneront comme d'habitude et comme toujours par la suite le disque à la première place des hit-parades), il y a un vrai et gros travail de composition et de mise en place effectués sur les autres morceaux.
Certes, les cadences effrénées en terme de parution (deux albums, quasiment trente titres par an), et toutes les « obligations » liées au statut de groupe-phare de l'époque, font que quelques fois on pare au plus pressé et on fait du « remplissage ». Ici, « When I get home » et « I'll be back » sont deux titres assez faibles, avec comme des airs de déjà entendu tout comme l'harmonica de « I should have known better » qui rappelle étrangement celui de « Love me do », ou la légèreté un peu nunuche de « If I fell ».
Tout le reste contribue cependant à la mise en place de cette « patte » unique de Lennon et McCartney, que tant ont cherché à copier et que bien peu ont réussi à égaler ... « Tell me why » emprunte finement des harmonies vocales issues du doo-wop, « You can do that » (le titre le plus « américain ») a dû traumatiser Gene Clarke des Byrds, et des générations de folkeux (Paul Simon en tête) ont dû disséquer les rouages de la belle ballade épurée « Things we said today »... s'il y avait eu pénurie de singles des Beatles en tête des charts, « I'll cry instead » aurait sans problèmes fait l'affaire ... Au rayon « événement », figure sur « A hard day's night » le premier titre chanté lead par George Harrison (« I'm happy just to dance ... ») et c'est le seul album des Beatles majoritairement composé par Lennon ...
La suite (« Beatles for sale ») sera un peu bâclée et il faudra attendre « Help » et surtout « Rubber soul » pour voir à nouveau les Beatles au sommet de leur art ...