Un ami internaute a eu la gentillesse de m'indiquer l'existence de ce livre que je ne connaissais pas et je l'en remercie vivement.
Un livre de plus sur les Harkis ? Un témoignage de plus ? Non, beaucoup plus, un fils de harki reprend le flambeau envers et contre tout, et de quelle façon !
Lors d'une réunion d'anciens, très restreinte, il y a maintenant une trentaine d'années, un de mes amis officiers que les balles allemandes, communistes viets et FLN n'avaient que blessé, surpris non pas bien sûr de mon amertume, amertume qu'il partageait évidemment et qui ne me quittera jamais, mais devant ma lassitude à prêcher dans le desert, cette impression de témoigner pour rien, on ne s'habitue jamais à n'être pas compris face à des sourds, des aveugles. Cet officier très connu me dit ceci " Il ne faut jamais baisser les bras" ! Face à un tel homme, comment ne pas suivre ce conseil suivi d'une tape amicale sur l'épaule ? Cet homme exceptionnel est décédé depuis longtemps, cette phrase reste.
Ce livre, justement, est écrit par un jeune fils de harki "qui n'a jamais baissé les bras".
L'auteur :
Boussad Azni, qui a été détenu au camp de Bias de 1963 à 1971 est à l'origine de la création du Comité national de liaison des harkis qui a déposé plainte contre X pour crime contre l'humanité à Paris le 30 août 2001.
Quatrième de couverture :
... Les harkis ont failli être les oubliés de la guerre d'Algérie. Les rares rescapés du massacre et leurs enfants, enfermés dans des camps, auraient pu perdre la raison et la mémoire. Acculturés, manipulés, ils auraient pu disparaître définitivement mais ils se sont battus. Fièvreusement d'abord, puis plus posément, avec les arguments du bon droit. Enfin, plus récemment, en déchiffrant les arcanes du droit international, ils ont déposé une plainte pour crime contre l'humanité...
Les préfaces sont rédigées par deux avocats :
La première par Maître Emmanuel Altit :
"Boussad Azni n'a cessé de lutter.
Enfant, il a lutté afin de comprendre pourquoi sa vie était tout entière circonscrite à l'intérieur d'un camp entouré de barbelés, d'où ni lui ni ses parents ne pouvaient sortir sans permission.
Il a lutté afin de comprendre pourquoi il ne pouvait fréquenter les petits français de France, ses compatriotes, qu'il n'apercevait que de loin, lors de rares sorties du camp.
Il a lutté afin de comprendre pourquoi, en fait de français de France, il ne pouvait approcher que l'instituteur du camp, l'épicier du camp et les gendarmes du camp.
Il a lutté afin de comprendre pourquoi ses parents avaient été déssaisis de toute autorité par ces personnages omnipotents, pourquoi les hommes du camp se résignaient à suivre chaque matin à l'aube les gendarmes armés qui venaient les chercher pour les conduire dans des forêts, où, pour un salaire de misère, ils faisaient office de bûcherons.
Qu'avaient-ils donc fait d'inavouable, ces pères silencieux ?
Il a voulu savoir pourquoi son propre père, résolu un jour à demander des comptes aux autorités du camp, avait été, aussitôt après, transféré de force dans un hôpital psychiatrique.
Qu'avaient-ils à se reprocher ces hommes ...".
La seconde préface est de Maître Philippe Reulet :
"Boussad Azni a été pour moi une sorte de guide, qui m'a fait découvrir des camps sinistres, ignorés des médias et de la population.
Il employait des termes qui me semblaient étrangers aux douceurs de la plaine de la Garonne : couvre-feu, barbelés...".
Emmanuel Altit est avocat à Paris, spécialisé en droit pénal international et en droit humanitaire.
Philippe Reulet est bâtonnier de l'ordre des avocats de Marmande. Il a reçu le prix des avocats de Paris au concours international de plaidoierie des droits de l'homme.
Ce petit livre de 222 pages, collection j'ai lu édité en 2002 reproduit en annexe :
- Le texte complet des accords d'Evian
- le discours de Jacques Chirac à l'occasion de la journée d'hommage national aux harkis du mardi 25 septembre 2001
- divers reproductions de documents administratifs concernant le camp, la liste des hameaux de forestage et lieux d'hébergement etc...