A l'heure où j'écris ces lignes, je viens de voir le 7° film adapté de l'½uvre merveilleuse de J.K. Rowling ("Harry Potter et les reliques de la mort, 1° partie").
Et c'est l'occasion pour moi de me répéter une énième fois à quel point "Le Prisonnier d'Azkaban" demeure le plus réussi de tous les films de la série.
Les deux premiers, réalisés par Chris Colombus, peuvent être je pense, réévalués à la hausse à la lumière des derniers chapitres cinématographiques. Car souvent décriés pour leur parti-pris enfantin, ils ont justement un charme que les suites ont bel et bien perdu. Sauf "Le Prisonnier d'Azkaban" !
Premier artisan de la majestueuse réussite du film : le réalisateur Alfonso Cuaron. Il sera le seul véritable metteur en scène à apporter une "vision" à la série, là où Colombus adaptait sagement et consciencieusement les deux premières parties, où l'arrogant Mike Newell accouchera du film le plus moche à force de verser dans un improbable mélange de blockbuster et de comédie sentimentale à l'anglaise (incroyablement creux d'ailleurs, pour l'adaptation d'un des plus denses et des meilleurs chapitres de la série de romans !), où David Yates brossera des tableaux assez impersonnels afin de remplir un certain cahier des charges pour pouvoir adapter les chapitres 5 et 6 de façon consensuelle en amputant l'histoire des trois quarts de sa substance. Bizarrement, le dernier film, proposé en deux parties, semble vouloir revenir sur le principe de l'adaptation la plus fidèle possible au matériau littéraire. L'ayant vu hier, je ne possède pas encore le recul nécessaire pour être réellement objectif, mais il semblerait que la recette fonctionne et avec un peu de chance, la fin pourrait être réussie. Wait and see...
Mais revenons à notre réalisateur mexicain : Virtuose à l'extrême, Cuaron va oser toutes les audaces visuelles dans son film. Et, avec un rare bonheur, lui conférer une forme féérique inédite ! Ainsi, la magie va littéralement être incarnée à l'écran, les scènes de vol nous donnant vraiment l'impression de voler, la présence des Détraqueurs nous glaçant d'effroi, au sens propre ! le montage nous permettant de traverser les murs et de voyager dans le temps !
On en oublie du coup toutes les transformations de décors et la nouvelle tonalité visuelle apportée à cet univers pourtant longuement exposé dans les deux premiers opus. Ici, les couleurs sont délavées, presque argentées et font ressembler les images à des enluminures médiévales. La mise en scène est nerveuse, viscérale, physique (scènes filmées caméra à l'épaule, même pour traverser les murs ou pour voler sur un balai sous une pluie battante !), poétique (magnifiques tableaux du Loup-garou sous la pleine lune) et drôle (sans jamais être racoleuse).
L'alchimie est totale entre le conte pour enfants, la tragédie ½dipienne (Sirus Black, nouveau père de substitution !), l'exercice de style et l'adaptation cinématographique. Et n'oublions pas la sublime partition de John Williams, pour la dernière fois aux commandes le la bande son de la saga.
Alors que les chapitres 4, 5 et 6 verseront honteusement dans la bluette pour ado et une esthétique jeu-vidéo racoleuse, "Le Prisonnier d'Azkaban" s'impose aujourd'hui comme un véritable travail de puriste.
D'aucun lui reprocheront ses coupes dans les nombreux chapitres du livre (je ne compte plus les fois où des copines m'ont dit avoir détesté le film car il évince toutes les scènes se déroulant à Préaulard !), mais avec le recul, aucun autre film de la série ne lui arrive à la cheville en terme d'adaptation. Car il est bien le seul à proposer un point de vue, en étant capable de préserver l'essentiel du matériau originel : la magie. Sans renier l'essentiel de l'intrigue. S'il n'en propose pas tous les détails, il s'en nourrit à la sève, retenant davantage l'esprit que la lettre.
J'en tire finalement la conclusion suivante : Les deux premiers films sont réussis et charmants, car ils nous plongent dans le monde merveilleux de l'enfance. Celui-ci est un chef d'½uvre car il prolonge la féérie de l'enfance tout en travaillant la mise en forme pour en extirper sa substance merveilleuse. Et les chapitres 4, 5 et 6 sont navrants, car estampillés "film d'ado" avec ce que cela comporte de langage et de scènes branchées racoleuses et hors-sujet.
Ainsi, nous voyons que le monde de l'enfance est éternel. Il nous hante délicieusement toute notre existence. Tandis que le monde des ados ne concerne... que les ados.