au moment de l'apogée de l'Angleterre, un avion s'écrase sur une île de l'océan Indien, deux anglaises -une jeune, une vielle- et deux américains -un archéologue et un jeune homme blond- sont parvenus à s'en tirer et ils reposeront leurs destins entre les mains de pêcheurs arabes qui mouillaient non loin... un des quatre s'en sortira indemne et parviendra à s'embarquer sur un bateau pour Aden après moults dangers et péripéties d'un voyage forcé qui durera des jours dans des conditions frugales, ils s'arrêteront dans une ville sainte où les infidèles ne sont pas les bienvenus et source de calamités -chaque fois qu'un étranger a franchi les murailles de cette cité sacrée (deux ou trois en quinze ans) le ciel s'est vengé de cette profanation, puis devront traverser le désert pour arriver à Makalla où ils seront saufs, de retour dans une idée de la civilisation qu'ils connaissent et plus très loin d'Aden ; il y a la confrontation du fatalisme arabe (toujours si présent pour ceux qui connaissent le Maghreb ou l'Arabie) où tout est volonté d'Allah et donc il nous faut accepter sans chercher à saisir les dessins de la volonté divine et le côté terre-à-terre, loin de toutes superstitions des Occidentaux ; c'est dans une Arabie magique et misérable entre ordures et parfums odoriférants que nos quatre protagonistes vont se perdre, évoluer ou stagner, grandir ou mourir ; une écriture très imagée, très entraînant, très suave et très envoûtante qui m'a véritablement charmé.
Deux petits passages : "-Nous, les Bédouins du désert, nous possédons le monde. Le désert est à moi! Ces montagnes sont à moi! Même les étoiles sont à moi! Nous appartenons les uns aux autres, nous dépendons les uns des autres... À l'inverse des hommes de la ville, nous n'avons pas de secrets, pas de hontes, pas de tracas. Pourquoi les gens de la ville cachent-ils leur vie Sahib? (...)" p226/227
et
"Au cours de la soirée, David vit distinctement un mirage : un grand poignard se découpait à l'horizon, comme une montagne vue de loin. En s'approchant de l'endroit où le soleil allait plonger, une buée vaporeuse palpita, puis découvrit une apparition de rivières et de palmiers merveilleuse vision d'oasis bleu foncé. Mais tous les contours changèrent : le chameau qui marchait en tête devint une tour, puis un grand parasol ; il s'allongea en forme d'obélisque et, pendant un moment, disparut." p265