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5.0 étoiles sur 5
"Une hideuse foule se rue à tout jamais, qui rit, mais ne sourit plus", 19 octobre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Haunted Palace / The Tower of London [Import USA Zone 1] (DVD)
1963. Première adaptation de Lovecraft au cinéma, ce "Haunted Palace" qui reprend un titre d'un poème de Poe (sublime au demeurant) est un petit bijou gothique. D'ailleurs, le script et les dialogues auront été travaillés par un certain... Coppola. Parce que je place ce film gothique juste à côté de son Dracula. L'histoire reprend plutôt moyennement le chef-d'oeuvre littéraire L'affaire Charles Dexter Ward, mais y ajoute une toile de fond lovecraftienne de qualité. Chuintement derrière des brumes opaques, cimetières, arbres desséchés, plaines désertiques, manoir au bout d'une colline narguant l'océan, nuits de pleine lune... Dans l'esthétique, la reconstitution de l'atmosphère touche au sublime.
Sans oublier la musique aux tonalités épiques et funèbres qui se marient avec grandeur aux avancées de l'intrigue. Car cette intrigue s'intéresse avant tout à l'atavisme, la métempsycose, la possession psychique où le Mal est stylisé. Ici, par la figure de Joseph Curwen, Charles Dexter Ward, son arrière-arrière petit fils devient habité, hanté par son ancêtre mort il y a plus de 110 ans au bûcher par les villageois d'Arkham qui ne supportaient plus la présence de monstres hybrides venus se réfugier dans le manoir du sorcier. Subtil, Curwen et Ward sont joués par le grand Vincent Price. Dans cette histoire de possession mentale qui flirte volontiers avec la schizophrénie la plus enfiévrée, Price joue de façon magistrale : à même les traits du faciès, on sait à qui l'on a affaire entre Curwen et Ward, venu avec sa femme dans le manoir de son ancêtre. Ce processus de la folie pourra plaire aux déçus de Shining avec la progression jugée trop rapide d'un Torrance.
Alors, quelques défauts peut-être ? Pas vraiment. L'esthétique lovecraftienne est finalement respectée : on dévoile plus qu'on ne montre - même si la fin révèle, avec furtivité, le monstre lovecraftien, procédé absent du Corman de Horror of Dunwich par exemple. On ne sombre pas dans le grotesque, loin de là. Enfin, quelques scènes divines comme ces monstres semi-humains grouillants dans la brume, et qui avancent petit à petit sur le couple Ward, encerclé et se serrant l'un contre l'autre sur les pavés de cette ville aux faux airs d'Innsmouth. La fin assure la pointe dramatique, comme un opéra macabre où résonne la voix caverneuse de Price : "Perfectly sure, my dear. Perfectly sure." - le tout se terminant avec les dernières lignes du poème de Poe. Un petit bijou !
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