Adapté en 56 de la pièce de théâtre à grand succès de Philip Barry écrite pour et jouée par Katharine Hepburn avec Joseph Cotten et Van Heflin à Broadway en 39, qui avait déjà été adaptée au cinéma sous le titre de 'The Philadelphia Story' en 40 par George Cukor avec Katharine Hepburn, Cary Grant et James Stewart et ce en noir et blanc, 'Haute Société' est une comédie musicale (avec chant, mais sans danse) de Charles Walters (un ancien danseur et chorégraphe, devenu metteur en scène à Hollywood et qui signa notamment 'Lili' avec Leslie Caron et 'Tendre Piège' avec Frank Sinatra), en Technicolor et VistaVision, chansons de Cole Porter (avec notamment les deux tubes 'High Society' et 'True Love'), costumes de Helen Rose, proposée désormais en DVD restaurée (image et son) avec une intro musicale sans images.
Grace Kelly (dont ce fut le dernier long-métrage et qui, tout comme Katharine Hepburn dans la version originale, parle même un peu français dans le film), une jeune femme de la haute-société de Newport-Rhode Island sur la côte est des USA (et plus de Philadelphie en Pennsylvanie, comme dans la pièce et le premier film), est divorcée de Bing Crosby et se prépare à se remarier avec John Lund. Mais Bing Crosby, qui est toujours encore épris de son ex, ne veut pas de ce remariage auquel vont également assister deux journalistes de la presse à scandale, Frank Sinatra (au charme duquel Grace Kelly ne va pas demeurer insensible) et Celeste Holm (sa charmante photographe, amoureuse de lui), chargés de couvrir l'évènement. Et bien sûr un certain mélange des genres va amener les uns et les autres à se rapprocher les uns des autres dans le plus total désordre durant la nuit précédant les noces, un peu dans l'esprit des enterrements de vie de jeune fille...
Avec aussi, comme il est également question dans le film du légendaire festival de jazz de Newport, la présence amicale et musicale de l'immense et si sympathique Louis Armstrong (que l'on peut voir également dans 'Hello Dolly').
Le film ayant la même durée que le premier, mais comprenant plusieurs séquences musicales (dont un flash-back sur le 'True Love'), on pourra remarquer qu'il ne bénéficie pas d'un scénario aussi élaboré et finement écrit que celui produit à l'époque par Daniel Ogden Stewart (Oscar de la meilleure adaptation en 41 pour son travail sur 'The Philadelphia Story'). Les trois principaux interprètes du long-métrage ont du charme, mais pas celui de la très fine équipe de la première version cinématographique : Grace Kelly (le plus beau visage du cinéma américain de l'époque) est une bourgeoise beaucoup plus conventionnelle ; Bing Crosby n'a rien du charme vénéneux de l'autrement plus ambigüe Cary Grant ; et Frank Sinatra est à des années-lumière de la subtilité d'un Jimmy Stewart. Ou comme quoi, il ne suffit pas forcément de retourner un film quelques années après en le faisant profiter des dernières améliorations techniques en date (en l'occurrence dans ce cas-ci en couleur et 35mm) pour arriver à obtenir un 'meilleur' film. Si vous aimez les comédies musicales américaines de l'époque, n'hésitez pas : c'en est un très sympathique exemple (mais ce n'est ni du Fred Astaire, ni du Gene Kelly !) ; mais si c'est l'histoire qui vous intéresse, préférez l'original à la copie : les grandes comédies américaines des années 30 et 40 demeurent inégalées, peut-être justement parce qu'il n'y avait alors pas d'artifices à disposition des metteurs en scène et que tout reposait sur l'histoire, les comédiens, le directeur de photographie et le réalisateur lui-même qui devaient compenser le côté 'tourné en studio, dans des décors donc en 'carton-pâte', et en noir et blanc' par le talent...
A noter : dans ce film, le personnage que joue Grace Kelly s'appelle Tracy Lord...
Bonus: un court documentaire, présenté par Celeste Holm, sur le tournage du film et un petit dessin animé, en l'occurrence 'Droopy millionnaire'