En 1795 fut canonisé un moine capucin nommé Bernard d'Offida. On le célébra pour la première fois le 11 septembre 1796, jour coïncidant avec la fête de la princesse Maria Hermenegild pour qui Haydn était engagé à produire annuellement une messe à la demande de Nikolaus Esterhazy.
Inaugurant la série des six, la "Missa Sancti Bernardi von Offida" présente la particularité de réserver les solistes vocaux pour les seuls « Gratias agimus » et le « et incarnatus ». L'instrumentation originelle omettait les cors mais John Eliot Gardiner les inclut ici conformément aux exécutions viennoises attestées à l'époque.
Quelques semaines après, le fils du Trésorier impérial de la Guerre entrait dans les ordres, et l'on peut supposer que c'est cet influent père qui commanda la messe jouée le 26 décembre 1796 pour célébrer cet accès à la prêtrise.
Le titre latin de cette "Missa in tempore belli" peut aussi s'expliquer par le contexte puisque le gouvernement autrichien s'alarmait de l'hégémonique campagne que les troupes napoléoniennes menaient dans l'Italie voisine.
Le titre allemand ("Paukenmesse") fait référence aux roulements de timbales qui évoquent peut-être les tambours de l'armée française.
Ces enregistrements de novembre 2001 s'avèrent particulièrement dégraissés (on entend à peine les contrebasses) ce qui allège encore l'interprétation épurée que dirige le maestro anglais.
Dès le Gloria de la "Heiligmesse", la justesse et la précision du Monteverdi Choir confirment leur virtuosité sans rivale. On regrette en même temps que les archets des Baroque Soloists sonnent bien maigres si l'on préfère une pâte orchestrale plus étoffée.
Selon moi, cette lecture brillante s'investit dans le mouvement cinétique au détriment de la profondeur expressive. La vélocité de l'articulation impressionne souvent, mais le coeur voudrait percevoir un autre épanouissement pour s'émouvoir.
Par exemple, le « et incarnatus est » de la "Paukenmesse" me semble ici aussi éthéré que sec.