En lisant les 4 commentaires ci-dessus, je n'imaginais pas que la Création de Haydn puisse faire polémique ! Enfin c'est plutôt Karajan qui fait polémique, ce chef ne laissant décidément personne indifférent quelle que soit l'oeuvre qu'il interprète.
Il me semble que les deux commentaires critiques font tous les deux la même erreur : celle de confondre puissance et lourdeur. Cette version est puissante et comment en serait-il autrement avec un tel orchestre et un tel chaeur ! Mais jamais lourde, Karajan n'avait pas son pareil pour dynamiser les grandes masses orchestrales et chorales comme il le faisait aussi dans la Missa Solemnis ou le Requiem Allemand.
Bien sur les Berliner ne sonneront jamais comme un orchestre baroque, mais malgré l'inertie naturelle d'un orchestre aussi puissamment ancré sur ses basses, Karajan sait imprimer une vraie dynamique et possède une qualité essentielle dans ce répertoire : savoir se projeter en avant et faire avancer le discours musical sans aucun statisme. Et l'impact sonore des Berliner est exceptionnel, je ne connais aucune interprétation du « chaos » qui soit aussi impressionnante.
Il faut écouter les deux grands choeurs « die himmel erzählen » et « vollendet ist das grosse werk » pour bien mesurer l'ampleur exceptionnelle que Karajan donnait à la Création, sa conduite des tempos lui permet de construire des crescendos impressionnants et de générer une dynamique électrisante. Et chaque intervention des choeurs s'inscrit idéalement dans la construction d'ensemble, ce qui était aussi une qualité essentielle de Karajan.
Enfin cette version est marquée par trois chanteurs de génie : Wunderlich qui allait hélas disparaître pendant l'enregistrement est d'une sublime beauté, non seulement son timbre est ineffable mais sa diction est parfaite, chaque mot est parfaitement intelligible, un régal ; Janowitz était alors à son zénith, écoutez son premier air « mit staunen sieht das wunderwerk » miraculeux ; Fischer-Dieskau est à son meilleur, sans manièrisme, avec sa stupéfiante qualité de diction. Il faut écouter les deux duos d'Adam et d'Eve « von deiner güt » et « holde gattin », de purs moments de délectation.
On a bien sur tout à fait le droit de ne pas aimer l'homme Karajan ni ses choix esthétiques, mais la grandeur de sa vision me semble incontestable.
Ceci étant dit, la Création est une aeuvre tellement exceptionnelle qu'aucune version ne peut prétendre en faire le tour, on peut tout à fait naturellement se tourner vers d'autres approches (Bernstein, Harnoncourt, Gardiner par exemple) mais on revient toujours à Karajan