Alors que l'esthétique du siècle s'émouvait au gré de la « Empfindsamkeit » et du « Sturm und Drang », Haydn composa son "Stabat Mater" en 1767, contemporain de sa symphonie « La Passion » marquée par la ferveur pascale.
Le recours à quatre tessitures de voix (soprano, mezzo, ténor, basse) renforcées d'un choeur, la variété avec laquelle ces quatorze cantiques déclinent un sentiment général d'affliction, une écriture lyrique et riche qui se teinte des derniers feux baroques : le compositeur viennois conçut là une oeuvre forte et inventive qui charme autant qu'elle émeut. Elle demeure une de ses plus belles pages de musique sacrée, en marge de ses Messes plus solennelles.
Dans cet enregistrement réalisé en juillet 1994 à la Pfarrkirche de Stainz, l'interprétation de Nikolaus Harnoncourt me semble particulièrement sensible à la finesse des climats, servis par les fines textures du Concentus Musicus, apportant l'inimitable patine des instruments anciens.
Malgré la vivacité constante de l'influx expressif, l'on aurait pu apprécier un enthousiasme plus chaleureux, notamment dans le grand quatuor vocal « Virgo virginum praeclara ».
En tout cas, le chef autrichien sait obtenir la projection rythmique si nécessaire, comme dans cet étonnant « Flammis orci ne succedar » arraché à l'ardeur du Jugement dernier.
Grâce à une palette « chiaroscuro » qui exploite tour à tour le subtil modelé ou le vigoureux contraste, cette version constitue une évidente référence discographique, que l'on peut compléter avec l'éloquence puissamment dramatique de la lecture de Trevor Pinnock (Archiv Produktion).
A noter que le livret propose ici le texte latin avec une traduction française.