Les amateurs du "charmant Haydn" passeront...
Ici, l'impression générale est toute d'énergie, de pulsion et de raucité.
Certes cela est réducteur. Avec plus d'attention, on découvre une lecture très construite et conséquente de Gardiner. Il possède un oeil expert et repère sur la partition tous les effets d'écriture qu'il sait replacer dans une perspective globale du discours musical. L'auditeur perçoit alors des effets puissants qui s'imbriquent toujours dans la mesure globale. S'il n'y avait ce parti-pris d'un son un peu trop acide qui épuise l'écoute à la longue, on tiendrait là la plus convaincante des interprétations de ces messes. Gardiner tourne le dos aux ronronnements hédonistes d'une tradition prétendument viennoise. Ici tout est proclamation, déclamation engagées. Les articulations très marquées, tant au chant qu'aux instruments, donnent une force de conviction à une musique de messe qui se complait ailleurs à trop de compassion. Pas un chanteur, pas un musicien n'est replié sur lui-même, ne s'écoute lui-même. Tous les participants ne sont préoccupés que par un souci de "prosélytisme", de "proclamation de la parole sacrée".
L'audition de ce double CD ne peut pas se permettre d'être superficielle. Cela s'écoute avec la plus extrême concentration...