«
Heart On est une ogive sonique sexuellement renversée » - Josh Homme.
Si l’on finit par admettre que les Queens Of The Stone Age sont le plus grand groupe de rock actuel (par exemple, en fin de soirée arrosée), alors les Eagles Of Death Metal (qui – qu’on se le tienne, une fois pour toutes, pour dit - ne jouent pas de death metal, mais sont des aigles en matière de plaisanterie) en sont la plus divertissante récréation, et fierté de Palm Desert (Californie).
Vu de la salle, le duo constitué en 1998 par Joshua « Baby Duck » Homme et Jesse « Boots Electric » Hugues (et complété ici par le guitariste Dave « Davey Jo B.O.C. » O’Connor à la batterie), outre le fait qu’il réalise des bonds de géant à chaque enregistrement (un premier album –
Peace Love Death Metal, en 2004 - enregistré en trois jours, monotone et désappointant, une deuxième livraison –
Death By Sexy, en 2006 – ancrée névrotiquement sur le spectre d’Elvis Presley), distribue généreusement à chacune de ses apparitions ce qui fait défaut à l’art en général, et au rock en particulier : l’humour.
Certes, nous ne sommes pas chez la marquise à cinq heures, le petit doigt de la tasse de thé dressé au-dessus de fines saillies. La grosse plaisanterie tourne plutôt autour des blondes à forte poitrine, des pantalons trop moulants (élégamment évoqués dans
« (I Used To Couldn’t Dance) Tight Pants »), des revêtements de banquette arrière en panthère fuschia, et des blagues de carabins fortement sexuées. Mais, depuis Slade, il est de notoriété publique que le rire reste un complément vigoureux au rock and roll. Donc, posant en karatékas du pauvre (ou en hommage à Jean-Claude Van Damme ?), ou n’hésitant pas à se faire tatouer sur le biceps le surnom infamant dont les a gratifiés Axl Rose, de Guns N’ Roses (
« Pigeons Of Shit Metal »), les Eagles sont là, avant tout, pour le fun (appelons cela de l’hédonisme forcené), et la bulle d’oxygène que constitue cette escapade.
On retrouve en conséquence dans
Heart On (douze chansons, et la plupart de moins de trois minutes) les ingrédients de leurs petites maniaqueries (des Rolling Stones au glam rock, en passant par le bluegrass, la musique disco, et le boogie), servies par une science extrême du riff imparable. La production (assuré par Homme en personne) revient aux fondamentaux du genre, précise, âpre, et violente (les amplificateurs manifestement plus souvent qu’à leur tour dans le rouge), ce qui vaut quelques clins d’œil référencés aux sixties bienvenus (les effets de pédale fuzz). De même, le chanteur a décidé d’abandonner la pâle copie, produite précédemment, d’une voix de fausset à la Alan Wilson de Canned Heat, pour revenir à un organe plus naturel, moins identifiable, mais plus frais.
Pour le reste, on peut ainsi se pincer en rêvant que Keith Richards tient le manche du tour de chauffe d’ouverture (
« Anything ‘Cept The Truth »), alors que
« Now I’m a Fool », chanson de rupture (composé en Idaho lors de l’une des nombreuses pérégrinations de ces musiciens itinérants) lorgne plutôt vers la fausse romance (guitares pointillistes et batterie comme une charge de brigade légère) pour grands espaces. Le single «
Wannabe in L.A. » sonne comme un Moon Martin sous amphétamines (licks marécageux, saturation diarrhéique de la guitare, et la main par la portière de la décapotable), alors que
« High Voltage » ressuscite le fantôme de Gary Glitter (en fait expulsé de Thaïlande à Hong-Kong pour pédophilie), à grandes lampées de tambours tribaux, et d’évocations de nuits fiévreuses dans des rues borgnes.
« Cheap Thrills » (aucun rapport avec Janis Joplin) tourne autour d’un swamp rock qui doit faire dresser l’oreille d’un Tony Joe White, et la chanson-titre renvoie aux heures les plus discutables de Mick Jagger et consorts, lorsque les Britanniques lorgnaient plus vers les pistes de danse, qu’en direction de leurs premières amours (blues, rock and roll, et toutes ces sortes de choses).
Enfin,
« I’m Your Torpedo » (qui conclut ce troisième opus) rappelle judicieusement que Marc Bolan (T. Rex) n’est pas disparu, mais vit quelques part aux États-Unis. Ici, les Eagles (et, en l’occurrence, Homme) se sortent parfaitement du chausse-trappe qui consistait à se laisser simplement aller, alors qu’on ne peut plus le faire (trop d’amertume, trop de pression, trop de tout) au sein des Queens Of The Stone Age, par la plus brillante des manières : en offrant un sacrément bon disque de rock.
Heart On est parvenu à la cinquante-septième position des charts américains.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story