C'est donc en 2004, sous la forme de Jesu (prononcer « yéssou ») que refaisait surface Justin K. Broadrick après la mise en abîme de Godflesh. « Heart ache » ou la présentation d'un « groupe » (bien que le terme soit ici bien peu approprié étant donné que Broadrick s'y occupe de tous les instruments) en deux titres pour... près de 40 minutes. D'un côté, « Heart ache », de l'autre « Ruined », deux morceaux desquels émane ne serait-ce qu'à lecture de leur titre, une gaieté certaine. Deux morceaux assez différents bien que sensiblement dans la même veine. Là où le pouls du premier se rapproche de l'agonie à chaque battement, le second retrouve plus ou moins vie dans une certaine rythmicité rappelant quelque peu le travail de Broadrick au sein de Godflesh (ce riff à deux notes qui tourne, qui tourne, qui tourne,...). Le pouvoir hypnotique de la musique de Jesu est immense, à l'image de ce qu'elle peut nous évoquer. Des paysages froids, véritablement désolés, à travers l'ambiance industrielle quasi inhumaine ici développée. Les riffs y sont monolithiques, les rythmiques, glacées par cette boîte à rythmes mécanique, le chant, noyé de reverb, de delay et d'effets en tous genres prend alors une dimension particulière, comme une lointaine complainte d'un être au fond du gouffre ressassant inlassablement ses lubies noirâtres (dont ce « You hope for everything but really there's nothing. » répété à l'envie sur « Heart ache »). « Heart ache » étant à mon humble avis, pour l'instant, le meilleur titre de l'ère Jesu car parfaite synthèse de ce qu'est le groupe : une machine rampante, agonisante et hypnotique, au final, horriblement humaine dans sa désensibilisation. A écouter le soir au casque pour en mesurer toute l'ampleur.