Et si "Heathen", publié en 2002, constituait tout simplement le meilleur album de David Bowie? Osons réévaluer l'imposante carrière de ce géant du rock, qui trouvera son apogée au début des années 70 avec la fameuse trilogie glam: "Hunky dory", "Ziggy Stardust" et "Aladdin Sane", trois disques, il faut l'avouer, un peu abîmés par les années. Si le second nommé ("Ziggy Stardust"), le plus rock des trois, reste un chef-d'oeuvre imparable, on peut admettre que les deux autres n'ont pas très bien vieilli: "Hunky dory", qui certes recèle l'hymne "Life on Mars", nous montre encore un Bowie cherchant son style, entre le folk de Dylan et le rock dur du Velvet Underground, ce qui donne lieu parfois à des chansons alambiquées, frisant le pastiche. Quant à "Aladdin Sane", qui surfe sur le triomphe de "Ziggy Stardust", on peut le trouver un peu moins inspiré, avec ses riffs stoniens éculés et sa production clinquante. La suite des aventures de David sera saluée pour son audace et son côté avant-gardiste (ses albums de la fin des seventies annoncent déjà l'électro-pop et la new wave). L'auteur de "Ziggy Stardust" sortira alors son meilleur titre, l'entêtant "Heroes". Cela dit, il faut avouer que ses disques de cette époque (et les suivants, notamment "Let's dance" où il exploitera la mode des synthés) s'avèrent aujourd'hui difficilement audibles. Aux néophytes qui voudraient entrer dans cette oeuvre intimidante (sans passer par les éternelles compilations), on conseillera donc "Heathen", impeccable disque de pop-rock, parfaitement produit par le vieux complice Tony Visconti. Les douze chansons s'appuient sur des mélodies solides, conjuguant efficacité et ambition ("Sunday", "I would be your slave"), à l'image de ce que peuvent faire des groupes comme Radiohead. La piste 3 ("Slip away") constitue sans doute la plus belle chanson de Bowie toutes époques confondues (une ballade à vous flanquer le frisson). Au rayon des tubes, on citera le remarquable "Cactus" ou "Better future", et sa mélodie addictive. Ce disque de la maturité rend justice à un grand bonhomme de l'histoire du rock, qui, parallèlement à sa riche carrière, joua les mécènes pour Lou Reed et Iggy Pop, qu'il produira et contribuera à faire connaître du public européen... Respect...