Il faut absolument redécouvrir ce chef d'oeuvre.
Comme souvent il s'agit au départ d'une pièce de theâtre : un lieu clos (une grande maison bourgeoise) et trois personnages. Ralph Richardson est omniprésent dans le rôle du père. Imposant physiquement et moralement, il repousse sa fille aux limites de l'autisme, parce qu'elle ne possède pas, selon lui, les qualités physiques et intellectuelles de sa défunte épouse. Il faut voir comment il la refoule, du regard et de la voix, chaque fois qu'elle ose prendre la parole. Dans ce contexte, Olivia de Havilland campe une jeune fille humiliée et réduite à la simple obéissance. L'apparition de Montgomery Clift semble lui offrir soudain une porte de sortie à sa pauvre existence. Il est beau, jeune, frémissant, et qu'importe qu'il soit sans le sou puisqu'elle a une rente, donnée par sa mère en mourant. Mais le bellâtre vise plus haut : il veut la dot entière. En apprenant que le père ne voudra pas la donner si elle part avec lui, il la laisse tomber. Elle tombe, oui, et quand elle se relévera, et qu'il reviendra, à la mort du père, elle se refermera complétement, et le rejettera, inexorablement. De sa fenêtre elle ne verra plus que le petit square, devant sa porte, et tous ses rêves se seront enfuis à jamais.
Toute la vérité de ce film tient à la justesse des caractères : comment une jeune fille dont le père a refoulé les charmes pourrait encore espérer dans l'amour d'un jeune homme qui arrive dans sa vie sans crier gare? La sensibilité de Montgomery Clift lui permet de ne pas se complaire dans le rôle d'un simple coureur de dot, et son affrontement avec Ralph Richardson lui donne l'occasion de faire croire que, peut-être, il aime vraiment la jeune fille...
Le doute reste donc permis, et la frustration est encore plus grande!