Quatrième de couverture
De là deux voies qui, adossées à des traditions immémoriales, s'entrecroisent et diffèrent. L'extraordinaire « floraison » (selon son propre terme) du dessin de Matisse dans les années 40 constitue l'aboutissement d'une exigence lentement mûrie de fidélité - mais non mimétique - à la sensation du dehors ; exigence d'une musicalité de la ligne qui, sur la feuille, puisse transformer l'expérience vécue en surface rayonnante, forte de sa vulnérabilité même, de ses irrégularités, de ses dissymétries. Le dessin de Kelly, quant à lui, manifeste dès 1949 une impérieuse rapidité, une puissance captatrice qui se maintiennent, en filigrane, tout au long de son oeuvre. La question d'un déploiement autonome de la forme s'y pose obstinément, cherchant à réconcilier observation précise du réel et tendance à l'abstraction.
Rien de tranché, cependant. Forme ouverte, forme close, saisissement ou rebondissement du regard, pulsation organique ou isolement spectral du motif : entre ces pôles, une tension continue produit la vie que le dessin de Matisse comme celui de Kelly s'émerveillent et s'inquiètent de désirer rejoindre.