Un nouvel Opeth, pour un fan, c'est une attente tout en sécurité. J'écoute depuis 'Still Life' (les 3 albums d'avant était déjà excellents). Chaque nouvelle sortie a été une combinaison de surprise et d'émerveillement, du coup, je ne craint pas la déception de leur part. Pour une surprise on peut dire qu'Opeth avait un peu préparé le terrain du "soft" avec le magnifique "Damnation", qui sonnait un peu dans le sillage d'Anathema. Heritage est calme par opposition au côté death que le groupe affectionne d'habitude. Mais le rapprochement avec Damnation s'arrête là.
Heritage, un titre emblématique, nous envoie dans un univers très 70's, on y croisera les spectres de King Crimson par moment, de Jethro Tull (flûte oblige) etc etc j'vais pas faire une liste...Mais Opeth n'offre pas une collection d'influence. En fait ça reste du Opeth, on reconnaît entre mille leur style, leurs breaks (la batterie est incroyable, comme tout), leur sensibilité. En fait, cet album, c'est un peu comme un hommage à tout ceux qui les ont influencé, l'héritage de leurs anciens, mais c'est aussi un héritage qu'ils laissent à l'avenir, modernisant le vintage. Pas de nostalgie, de "c'était mieux avant", ils font du neuf avec du vieux pour résumer...Et le gros du boulot se fait dans l'interprétation et le son. Ah le son, pas de mastering abusif, des captations naturelles, et un matos magnifique (c'est le guitariste en moi qui parle). Collection de Strato, de Gibson, de modèles rares, toutes 70's. Pas étonnant qu'on croit parfois entendre Ritchie Blackmore, ou Robert Fripp. Côté ampli, pareil, du magnifique, on croise aussi le beau space echo à bande qui a rendu le son de Gilmour (et d'autres) si particulier.
Le chant est sublime, l'artwork vous rappellera quelques vinyles mythiques, les textes toujours excellents.
Je conseille la version limitée, qui offre deux beaux titres en plus, "pyre" et "face in the snow", très calmes. Le dvd offre aussi l'album en haute résolution (comme pour le copain Steven Wilson), et un making of sympa. On y voit tout ce matos, mais aussi des moments assez marrants, comme quand un des guitaristes pousse le riff avec un gros son et entend Akerfeldt lui dire "stop, c'est trop heavy metal".
Heritage est un effort stylistique.
En fait, on a l'impression d'écouter ce qu'ils auraient fait si le groupe était né fin 60. Il aurait eu cette identité forte, aurait foncé en chef de file, et laissé un héritage immense, qui sort aujourd'hui comme un des plus beaux disque anachronique.
En une semaine j'en suis à près de 15 écoutes, j'ai toujours adoré leurs albums, mais celui-là me bouleverse carrément, car il fait référence à une grosse partie de ma culture musicale tout en gardant cette magnifique identité qui a fait d'Opeth un groupe qui m'est indispensable depuis 12 ans.