Le manga dit "pour jeunes garçons" (shônen) traîne une réputation de niaiserie hystérique, parfaitement injustifiée quand on prend la peine de s'attarder sur des séries telles que celle-ci. Surtout celle-ci. On dit aussi que les Japonais sont capables de sortir une série sur à peu près n'importe quel sujet, jusqu'à le rendre passionnant. Là, c'est très souvent justifié, et Hikaru no Go en constitue le parfait exemple. D'un jeu de plateau immémorial éminemment statique en apparence, les auteurs ont conçu un manga incroyablement dynamique et palpitant. Yumi Hotta, la scénariste, insuffle toute sa passion du go et nous donne une vraie envie de jouer. Les personnages sont infiniment attachants, en particulier le héros éponyme que l'on voit évoluer du moutard nonchalant au jeune homme passionné. À ce propos, chapeau bas à Takeshi Obata pour avoir su rendre le passage des ans sur les personnages au fil des tomes sans que le lecteur ne s'aperçoive de rien. Et d'une manière générale, pour son coup de crayon exceptionnel. On ne le voit pas trop sur les 2 ou 3 premiers volumes où le trait se cherche encore, mais très vite apparaît la patte du même Obata qui dessinera Death Note. Hikaru no Go est un shônen manga d'apprentissage de premier ordre, qui en respecte les ressorts et les codes, mais sait également s'en démarquer quand il le faut, jusqu'à atteindre des sommets d'intensité émotionnelle tout en gardant un certain réalisme. Absolument tout public, sans vulgarité (quelques petits jurons mis à part), ce manga se laisse lire (dévorer !) et relire inlassablement à tout âge. Du très grand shônen !