A la frontière du Népal et du Tibet se trouve le Dolpo, contrée perdue dans l'Himalaya, à 5000m d'altitude. Ses habitants, les Dolpopas, mènent la même existence depuis des siècles en vivant grâce à l'élevage des yaks et à l'orge qu'ils partent troquer contre le sel des hauts lacs. Ces échanges ont lieu au terme d'expéditions périlleuses à travers les montagnes, lorsque les Dolpopas forment des caravanes de centaines de yaks pour rejoindre des points de rendez-vous situés à plusieurs semaines de marche de leur village.
Afin de nous faire découvrir le quotidien de ces hommes courageux, Eric Valli a tourné son film dans des conditions difficiles, pendant neuf mois, faisant appel à des comédiens amateurs issus du peuple même dont il conte l'histoire ici. Le scénario est le suivant : Tinlé, le vieux chef du village, a perdu son fils au cours d'une expédition. Un chef naturel, Karma, est alors désigné par les villageois mais Tinlé, refusant que la direction du village échappe à sa famille, tente d'évincer Karma, le temps que son petit-fils Pasang ait l'âge d'être chef à son tour.
Le mélange entre le documentaire et la fiction est tout à fait réussi : si dans le premier quart d'heure on a un peu peur de s'ennuyer, au fur et à mesure que l'histoire avance, des valeurs universelles s'en dégagent. Le spectateur peu à peu conquis assiste au rapprochement de deux êtres trop semblables pour s'aimer, voit la révolte contre les superstitions se heurter au respect des traditions, et accompagne la lente accession au pouvoir d'un homme, ce qui représente à la fois un moment crucial pour lui et une simple étape dans un cycle que l'on devine plusieurs fois millénaire.
En visionnant les nombreux bonus du DVD, on apprend que ce qu'a filmé Eric Valli est sans doute le chant du cygne d'une culture vouée à disparaître prochainement, ce qui ajoute un peu plus d'émotion à ce film pudique, remarquablement joué, aux décors grandioses (César de la meilleure photo) et à la mélodie envoûtante (César de la meilleure musique). N'hésitez pas : Himalaya est un film superbe, presque un voyage.