Critique
Maman était costumière anglaise, papa médecin égyptien, et Natacha a grandi dans le quartier marocain de Bruxelles. Après avoir frotté sa voix magnifique aux réalités de la sono mondiale (partageant les aventures musicales de Jah Wooble ou Transglobal Underground, dans ces fiançailles entre musiques ethniques et électroniques), elle a poursuivi une carrière solitaire. Un parcours couronné du succès de la Victoire de la Musique, obtenue en 1999 grâce à son interprétation de
« Mon amie la rose » de Françoise Hardy.
C’est donc une délicieuse révélation de retrouver ici la reine de la techno-world dans un contexte totalement acoustique. Car, avec
Ana Hina, Mademoiselle Atlas feuillette en chansons son livre de souvenirs, de ces mélodies glanées en Turquie, en Egypte ou à Londres, et qui l’ont toutes construite. Elle offre ainsi une visite au royaume des merveilles de Fairouz (diva égyptienne), et rend hommage à Nina Simone (grâce à une version toute en retenue de
« Black Is the Colour »).
Ses propres chansons dressent par ailleurs une galerie de personnages mythiques (comme cette évocation de Frida Kahlo, épouse du peintre mexicain Diego Rivera) ou humbles, qui ont, tous, construit notre histoire. Epaulée dans son entreprise par le Britannique Harvey Brough (producteur curieux, et…ancien membre du Chœur de la cathédrale de Coventry), la chanteuse est entourée ici d’une amicale brigade internationale, rassemblant le percussionniste égyptien Aly el Minyawi, le contrebassiste écossais Andy Hamill, et la Catalane à la voix en apesanteur Clara Sanabras. Dans cet album, Orient et Occident se retrouvent enfin, et de la plus tendre et talentueuse manière.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Musicalement et géographiquement, Natacha Atlas a toujours été une globe-trotteuse. Anglo-égyptienne, elle a passé plus d'une décennie à marier des rythmes et des genres musicaux à priori opposés. Son oeuvre est un triomphe de multiculturalisme et un témoignage de l'ouverture et de la richesse et de la culture arabe. Son nouveau projet, Ana Hina, est son premier album acoustique. En s'inspirant à la fois de la musique orientale et occidentale et en creusant dans un passé à l'histoire musicale très dense, elle y explore ses racines. À la fois contemporain et classique, le disque symbolise un retour en arrière sur l'âge d'or de la musique arabe des années cinquante et soixante, à travers les musiques et les idoles qui ont peuplé son enfance. Aux côtés de l'un des meilleurs réalisateurs et arrangeurs britanniques, Harvey Brough, son groupe se distingue par la présence de musiciens classiques et traditionnels exceptionnels aux origines diverses : citons Clara Sanabras (oud et chant) qui vient de Barcelone, Aly el Minyawi (percussions) de Londres via Le Caire, Andy Hamill (contrebasse) d'Ecosse, Gamil Awad (accordéon) d'Egypte où il est une star. Tandis que les musiciens arabes agrémentent les harmonies de la section de cordes occidentale, les morceaux semblent traverser les siècles et les continents d'est en ouest... Nichée au creux de cette fantastique formation, la voix de Natacha Atlas se fait entendre comme jamais auparavant. Elle se livre à d'envoûtantes reprises d'artistes égyptiens et occidentaux (Fairuz et les Frères Rahbani, Abdel Halim Hafez, Nina Simone), elle crée une expérience musicale unique, elle aborde les thèmes de la joie et du chagrin, de l'amour et de l'abandon, de l'espoir et du désespoir. Après ses précédents travaux aux côtés de Jah Wobble, Transglobal Underground, et Temple of Sound, Natacha Atlas qui a toujours refusé que son travail soit étiqueté de manière rigide a choisi une nouvelle direction acoustique originale et innovante.