Un peu plus de dix ans après les terribles événements de la bombe d'Hiroshima, Marguerite Duras offre à Alain Resnais un excellent scénario sur fond d'amour mortifié, de quête personnelle quasi impossible et terriblement douloureuse. Dans Hiroshima Mon amour, l'écrivain décortique le tabou de la douleur charnelle et psychologique qu'il s'agisse de celle d'un peuple dont les plaies de la guerre saigneront longtemps encore, celle d'un être dans son entièreté ou d'un amour né du fantasme. Reconnaissons le, cette Douleur peut rester quelque peu hermétique au premier abord, pour tous ceux qui ne seraient pas habitués au style durassien, brut, déroutant, rugueux parfois et si personnel. Duras explore évidemment les mécanismes du souvenir et de la Mémoire humaine dans ce qu'ils ont de plus intime et de plus profond ; ses latences et les errances liées à l'illusion de l'amour et de la vie. L'incident de la détonation de la Bombe atomique réveille un processus de souvenirs où le présent et le passé s'unifient dans l'esprit d'une étrangère venue tourner un film à Hiroshima. On fluctue ainsi entre inventions de cette femme perdue dans ses peurs, mensonges plus réels que la vérité des événements et images de mort, éprouvées et saisies par les autres, qui sont encore du ressort de l'imaginaire.
Servi par Stephane Audran, exceptionnelle dans son rôle de jeune femme fragile qui nourrit sa méditation sur la vie à travers une espèce de rêve éveillé ponctué d'une multitude de souvenirs sur les horreurs de la guerre au Japon, Hiroshima Mon Amour est un film beau, émouvant et captivant du fait même de sa lenteur savoureusement orchestrée, de ses phrases répétitives, ressassées comme tant de fausses certitudes bouleversantes, ces mots violents qui ponctuent les images dures suggérant pourtant avec pudeur les conséquences de la Bombe dans une ville à jamais meurtrie.
On ne ressort pas indemne d'un tel film magnifié par les jeux de noirs et blancs, les dégradés de gris comme autant de références aux doutes et aux peurs et des silences plus forts que les paroles. C'est un hymne à l'amour quel qu'il soit et à l'humanité dans toute sa dimension.
L'un des deux héros, un japonais (Lui) dit à sa compagne (Elle), "Tu n'as rien vu à Hiroshima . . . rien."
"J'ai tout vu . . . tout", répond-elle. Mais Elle continue à insister qu'elle a vu tout au musée à Hiroshima, dans les photographies et les reconstitutions. "Je n'ai rien inventé,". Lui répond:"Tu as tout inventé".