Rédigé en 1941, et toujours d'actualité, cet imposant ouvrage de près de 1400 pages décortique de manière très perspicace cette notion de « capitalisme » antique, c'est à dire l'histoire de ces états nés du partage du gigantesque empire d'Alexandre, qui semblent avoir connus des formes économiques modernes. Comme le mentionne l'auteur, s'agissait-il d'une économie dirigiste ou libérale ? Intéressant d'appréhender le fonctionnement interne d'une société ayant existée il y a plus de 2300 ans.
Il est également passionnant, dès fois il est vrai de manière un peu touffue, de scruter l'élan qu'a très rapidement pris cette économie basée sur les réalités bien concrète de l'époque, plus confrontée à une mondialisation que nous ne le pensons.
Sociologiquement, l'auteur tente de définir le lien imminent qu'entretenait la Grèce et la civilisation iranienne. L'approche de Rostovtseff est particulièrement intéressante : selon lui, le but d'Alexandre aurait été, en plus de confier conjointement la direction de l'empire aux grecs et aux iraniens, de les faire fondre, à la longue, en un seul grand empire, un seul peuple, une seule civilisation. Mais cette fusion étonnante ne se fit pas. Les Grecs, incapable d'intégrer ces orientaux, furent, paradoxalement, à leur tour particulièrement influencés par eux. Cette distorsion entre les réalités économique, sociale et civilisationnelle explique t'elle peut-être en grande partie le déclin des Etats Hellénistique.
Apportant un éclairage novateur et alimentant des interrogations toujours d'actualité (le distinguo entre la Russie, à cheval entre l'Europe et l'Asie, se fait frappant), Rostovtseff signe là un ouvrage qui fait toujours autorité à notre époque.
Allant plus loin que la simple énumération historique et économique des structures inhérentes aux Etats Hellénistique, il semble tenter de comprendre les facteurs cruciaux, liés très souvent à l'économie, sous-jacent à la toute puissance d'un Empire qui semble avoir raté le « coche » pour perdurer de manière opportune.