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5.0 étoiles sur 5
Du bel ouvrage..., 10 février 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire des Croisades (Broché)
Ouvrage passionnant, complet et surtout d'une extrême clarté sur les croisades. L'auteur dans un style enlevé tel, que nous pourrions nous croire dans un roman historique, accroche le lecteur sans pourtant s'écarter des faits historiques. D'abord, l'auteur nous initie à la situation de l'empire d'Orient bien avant l'appel de Clermont. Il nous fait entrevoir cet empire à secourir, car incapable de faire face seul à ses besoins militaires, affaibli de longue date par des divisions internes, sans objet autres que le contrôle du pouvoir impérial, des ambitions égoïstes de tel ou tel ou de la pure jalousie.
L'arrivée sur le trône d'Alexis 1er Comnène fera cesser ces divisions, mais les forces qu'elles mobilisèrent pour les résoudre pendant des décennies, firent perdre un temps précieux à l'empire au lieu que celui-ci se préparât et réagît face aux graves menaces dont il était déjà l'objet. Ce temps ne put jamais être rattrapé et, est en partie responsable de la fragilité, pour ne pas dire déjà, du déclin de cet empire; même si, en ce début de croisade, Alexis eût été sans doute bien surpris qu'on qualifiât son empire de « déclinant ».
De même, la vision occidentale sur la Terre Sainte est abordée, vision qui conduira à l'appel d'Urbain II à Clermont. Appel qui faisait écho aux demandes du basileus, ce que l'on a trop tendance à oublier. Son retentissement, son succès, dépassèrent sans aucun doute de très loin les espérances de l'un et de l'autre, même si le résultat, dans sa nature, ne fut pas vraiment celui escompté.
Le malaise qui s'installa d'emblée entre l'Empire et les premiers Croisés à leur arrivée est lui aussi bien rendu dans cet ouvrage. Ce premier contact entre l'empereur et les Croisés fut capital, car il conditionna d'une façon définitive, donc aussi pour les croisades futures, les rapports entre ces chrétiens d'Orient et ceux venus d'Occident. Hélas il fut malheureux. Peut-être l'auteur aurait-il pu mieux insister sur les causes profondes de la méfiance initiale d'Alexis 1er à l'égard des occidentaux, même si, il n'a pas oublié de nous conter l'action belliqueuse autant que néfaste des normands vis-à-vis de l'empire d'Orient.
L'auteur sait aussi nous faire percevoir les luttes intestines incessantes entre les différents seigneurs arrivant d'Occident, puis ceux déjà installés en Terre Sainte. Luttes aux combiens préjudiciables à leur maintien sur ce sol sur le long terme. Là encore, comme souvent, noblesse rythme avec égocentrisme, égoïsme et déshonneur. De même, les attitudes irresponsables des chevaliers du Temple sous la houlette de certains grands-maitres d'une inconséquence rare, ne sont pas occultées.
Enfin, on perçoit parfaitement pourquoi les Croisés, de surcroît malgré leurs divisions, ont pu tenir si longtemps dans cette Terre Sainte malgré l'hostilité de l'islam. Car si les chrétiens installés étaient divisés entre eux, le monde musulman l'était tout autant, et par un jeu incessant de bascule, ils purent se maintenir. Jusqu'au moment où, Saladin, réunissant le monde musulman sous son unique autorité, ils se retrouvèrent seuls face à un bloc. Là aussi, on oublie trop facilement que les Croisés, pendant des décennies, se sont battus ou étaient alliés aux cotés de musulmans contre d'autres musulmans et cela de façon récurrente.
Cependant n'est peut-être pas assez rendu lisible dans cet ouvrage, que la Terre Sainte était finalement depuis peu terre musulmane, qui plus est par la conquête militaire contre Constantinople. Les chrétiens loin d'être marginaux, étaient encore nombreux, et ceux qui arrivaient d'Occident et s'installaient, s'ils pouvaient paraitre exotiques de par leurs moeurs, coutumes, et autre, l'étaient beaucoup moins de par leur foi.
Enfin, bien sûr, est indiquée dans cet ouvrage une bataille capitale de l'Histoire mondiale, sans doute une des plus importantes, sinon la plus importante, pourtant quasi inconnue, qui est la bataille de Aïn Djaloud (ou Djalout) du 3 septembre 1260. C'est le moment où, le résidu de l'armée du Khan pro chrétien-nestorien Houlagou (Hulagu) petit-fils de Gengis Khan, se fit défaire par les mamelouks d'Egypte, instant où sans doute, s'est décidé un repli de l'islam ou son expansion.
Ouvrage d'une densité extrême, plus de 1200 pages, la difficulté vient justement de cette richesse d'informations, où certaines d'entre-elles noyées parmi d'autres peuvent ne pas prendre leur juste relief dans cet ensemble. L'ouvrage comporte des cartes, mais manque d'une chronologie, d'arbres généalogiques, d'une liste des souverains successifs des différentes principautés et bien sûr du Royaume de Jérusalem. Mais cela relève de l'anecdote devant la qualité exceptionnelle de l'ouvrage, par lequel, j'ai découvert ce très grand historien que restera M. Steven Runciman
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