Je ne peux pas dire chef d'œuvre, puisque je n'ai pas lu toute l'œuvre de d'Ormesson, mais je peux dire que je vais la lire, son oeuvre complète, ce livre m'aura convaincue. Erudit, fin, malicieux et accrocheur, il a de plus une plume magnifique de semblante simplicité qui permet de lire plus de six cents pages avec aisance et plaisir. L'histoire prend sa source très naturellement, dans le mythe du Juif errant. Etait-ce sous le nom de Cartaphilus ou sous celui d'Ahasvérus que le petit cordonnier repoussa Jésus quand celui-ci, pliant sous le poids de la croix, lui demanda de l'eau, l'intimant au contraire de poursuivre sa marche : « Jésus, marche plus vite : pourquoi t'arrêtes-tu ? » Les récits varient, mais là où ils concordent est dans ce que Jésus répliqua à cet homme : « Alors le Christ, arrêtant sur cet homme un regard triste et sévère, lui répondit : Je marche comme il est écrit, et je me reposerai bientôt ; mais toi, tu marcheras jusqu'à ma venue. » (extrait de la chronique du moine bénédictin Matthieu Pâris). Ainsi Ahasvérus est condamné à errer jusqu'à la fin des temps. D'Ormesson ne se gênera pas pour l'impliquer, sous des identités diverses, dans des événements tranchants de l'histoire. Le résultat est tout ce que l'on peut aimer quand on aime l'histoire deschemins que l'homme choisit de suivre pour atteindre son destin. Humour, croisement de vignettes, anecdotes hautes en couleur, une plume qui galope allègrement sur les pages et nous entraîne à sa suite. Magnifique moment de lecture où l'on retrouvera Chateaubriand, Khayyam, Nathalie de Noailles, Saint François d'Assise et tant de personnages fascinants : n'hésitez pas à noter tout artiste, écrivain, homme de science, ou philosophe mentionné dans cet ouvrage, apprenez à les connaître ; « Histoire du Juif errant » est aussi cela, un condensé culturel délicieux et sans pédanterie aucune. A vos librairies et bibliothèques... !