La collection Points Seuil publie, en matière d'histoire, les livres de référence des premiers cycles universitaires. Le lecteur un peu habitué leur reconnaît des qualités (annexes solides, bibliographie, segmentation précise du récit qui appelle à la prise de notes et au surlignage) mais aussi des défauts (style défaillant, peu de vrais enjeux historiographiques, aussi peu enthousiasmants qu'un cours de première année à la fac, des références vieillies, des rééditions hasardeuses).
Loin de moi l'idée de remettre en cause l'utilité de cette collection, dont la cible étudiante est bien définie. Mais avec Histoire de l'Italie du Risorgimento à nos jours de Sergio Romano, le lecteur est malheureusement confronté à l'illustration exhaustive des défauts de la collection. Publié la première fois en 1977, puis réédité plusieurs fois, le livre de Romano est dépassé. Pour ce qui est de la partie 1861-1945, je trouve le récit parfois hasardeux dans ses choix, mais le pire se trouve dans la partie post-1945. Romano n'a jamais refondu les paragraphes des années 60 et 70 qui se perdent dans l'écume du passé immédiat et ne parviennent jamais à dresser des perspectives. Que Romano n'ait pu le faire en 1977, nul ne peut lui reprocher. Mais les rééditions successives n'ont fait qu'ajouter des strates de commentaires électoraux. La dernière partie date de 1994. L'importance de ce début de décennie 90 pour l'Italie contemporaine est complètement sapée par la médiocrité des chapitres finaux. Romano n'a pas retouché ces chapitres lors des rééditions. Vu son âge, aucune nouvelle version ne devrait sortir. Et Le Seuil pourrait, à l'occasion, relancer un nouveau projet sur l'Italie depuis 1861.
Car les défauts dont souffre ce livre ne tiennent pas seulement à une actualisation défaillante. Cette histoire d'Italie est vieillie : pas de symboles, pas d'histoire culturelle, pas d'histoire des représentations, pas d'histoire des phénomènes sociaux, pas d'histoire intellectuelle, pas de vision affinée des groupes sociaux, pas même d'histoire urbaine. La bourgeoisie veut. La bourgeoisie pense. La bourgeoisie fait. Schématique et mal ficelé : la collection Points Seuil devrait refondre complètement cet ouvrage, plutôt à destination d'un public étudiant. De l'histoire politico-sociale marxisante caricaturale. Et pas assez d'évènements pour servir réellement l'étudiant en premier cycle, malgré une bonne chronologie et des notices biographiques détaillées en annexes.
Cette histoire est terriblement vieillie. Ses analyses ont maintenant plus d'une trentaine d'années. On a du recul désormais sur le compromis historique DC/PC. Il y a eu l'opération mani pulite, l'effondrement du système politique et de la Ière République, le berlusconisme etc... On a également du recul sur le transformisme et les aléas historiques de l'Italie depuis sa fondation.
C'est exactement le genre de livres d'histoire ennuyeux, schématiques, partiaux, vieillis qui ne devraient plus exister. Sous prétexte d'être synthétiques, ils sont schématiques, sous prétexte d'être courts, ils sont elliptiques, sous prétexte d'être complets, ils sont superficiels, sous prétexte de présenter des analyses, ils fondent l'histoire de l'Italie dans un boulghour marxiste scientifiquement indigeste de nos jours.