L'Histoire des Lombards de Paul Diacre est la dernière grande histoire "nationale" parmi celles écrites par les peuples germaniques qui se sont installés en Occident sur les ruines de l'Empire romain (Grégoire de Tours pour les Francs, Bède le Vénérable pour les Anglo-Saxons, etc). Paul Diacre raconte la migration des Lombards depuis la Scandinavie, leur invasion de l'Italie à partir de 569 et va jusqu'à la mort du roi lombard Liutprand en 744. Mais son texte diffère des précédents en ce sens qu'au moment où il est écrit, les Lombards sont un peuple vaincu, passé sous la domination franque.
Probablement né après 725, Paul Diacre est un Lombard du Frioul, qui s'enorgueillit de l'ancienneté de sa famille qui remonte à l'installation de son peuple en Italie. Il est donc d'origine noble, mais cadet, ce qui le voue à la carrière ecclésiastique. Envoyé à la cour de Pavie, il y fait sa formation et reçoit notamment les enseignements du grammairien Flavien. Il est ensuite présent au coté du duc de Bénévent Arechis (758-787) et de sa femme Adelperge, fille du roi Didier. Il prend aussi l'habit de moine au Mont Cassin. Chargé de l'instruction d'Adelperge, il lui offre une Histoire romaine, et sert probablement de conseiller au duc. En 774, Charlemagne met la main sur le royaume lombard. Mais en mars 776, le duc du Frioul Rotgaud se révolte ; vaincu, il est exilé avec Paul, le frère d'Arechis. De passage à Rome en 781, Charlemagne voit arriver Paul Diacre qui plaide la cause de son protecteur. Il est invité à la cour -comme Alcuin- et y reste jusqu'au printemps 785. De retour au Mont Cassin, il continue ses activités tout en élargissant la réforme intellectuelle souhaitée par Charlemagne. En 787, le souverain, de passage, lui commande un exemplaire de la règle de Saint Benoît. Paul Diacre meurt à la fin du VIIIème siècle, en 797 ou peu après.
C'est dans la dernière décennie de sa vie qu'il s'attèle à l'Histoire des Lombards, une oeuvre incomplète sans doute en raison de sa mort. Il manque une introduction et les 30 dernières années du royaume avant la conquête franque. Paul Diacre cherche à y défendre son peuple : invité en Italie par la puissance byzantine, ce sont ses souverains qui, faute de respecter la morale chrétienne, le mènent au conflit avec les Francs, qui ne sont que l'instrument de Dieu. Loin d'être revanchard, Paul Diacre fait une oeuvre religieuse, une histoire qui s'interprète en fonction des desseins du Tout-Puissant comme nombre de chroniques ecclésiastiques de l'époque. Il n'en demeure pas moins foncièrement anti-byzantin. L'Histoire des Lombards aurait peut-être aussi de "miroir des princes" pour le jeune roi lombard Grimoald III (788-806) : le livre conseille, en effet, de maintenir l'alliance franque pour survivre. Paul Diacre centre son récit sur trois régions : celle de Pavie, le Frioul et le duché de Bénévent. Les Francs et les Byzantins sont évidemment très présents, les Anglo-Saxons et les Wisigoths n'apparaissent qu'à la marge. Les sources de Paul Diacre sont d'abord celles du milieu lombard et italien, mais il n'oublie pas les auteurs antiques (géographes, auteurs chrétiens), et par le passage à la cour de Charlemagne, il emprunte à Grégoire de Tours. L'élément original de son récit, c'est l'incorporation d'une tradition orale propre aux Lombards, un peu à la manière des sagas islandaises. Paul Diacre transmet ainsi les valeurs de la société lombarde mais fait surtout de l'exemplum, notamment dans les portraits de souverains : Alboin l'héroïque, Agilulf le converti, Rothari le Juste, législateur mais hérétique, en direction des deux modèles : Grimoald Ier et Liutprand. L'Histoire des Lombards a été abondamment diffusée au Moyen Age puisqu'on en a conservé plus de 200 manuscrits, et elle a été continuée par d'autres auteurs dès le IXème siècle.
On trouvera en fin d'ouvrage une bibliographie indicative, deux cartes et un livret de photos sur des documents illustrant l'Histoire des Lombards.