C'est une analyse savante, érudite, à laquelle nous convie Daniel Arasse. Il décortique certains tableaux comme "la Joconde", ou des ensembles comme les fresques de la Chambre des époux. Il attire notre attention sur l'évolution de la perspective, "l'invention" de la perspective, dit-il, et non sa découverte, car découvrir suppose trouver quelque chose qui existait déjà, alors que la perspective n'existait pas avant qu'un peintre ne la crée..
Parfois, il nous fait remarquer des détails au-delà desquels nous serions passés sans son aide: le reflet des souverains espagnols dans un petit miroir, sur le mur au fond, dans le tableau des "Ménines", de Vélasquez, un escargot qui se promène sur le bord du cadre d'une "Annonciation" de Francesco del Cossa, une tache sur la robe de Mme Moitessier représentée par Ingres...
J'ai trouvé ce livre très intéressant, mais, par moments, il me semble que l'auteur allait trop loin, je ne le suivais plus, je n'étais plus d'accord avec lui. A d'autres, l'érudition était telle qu'elle me passait par-dessus la tête, je lisais du bout des yeux sans chercher à comprendre vraiment.
J'avoue que, puisque ce livre est la transcription d'émissions qui ont été diffusées sur France Culture, j'étais contente d'en avoir le texte sous les yeux et de pouvoir le lire à mon rythme, en revenant sur mes pas, en m'arrêtant pour réfléchir. J'étais contente aussi de disposer des reproductions des oeuvres et de pouvoir les regarder armée d'une bonne loupe, sans quoi, plus d'une explication me serait restée hermétique. Et encore, malgré cela, je ne vois pas certaines choses, comme la boutonnière dans le vêtement de la Vierge d'une "Annonciation" de Filippo Lippi, ou l'oeil dans le nombril de Saint Sébastien d'Antonello de Messine.
J'ai été frustrée d'en apprendre si peu sur des oeuvres pourtant présentées dans l'ouvrage, comme celles de Vermeer ou "l'Olympia" de Manet, en regard de l'abondance d'explications parfois assommantes sur des tableaux des XIV et XVes, comme la comparaison de huit "Annonciations", pas moins! D'accord, l'auteur est un spécialiste de cette période, mais, premièrement, le livre s'intitule "histoires de peintures" et non "histoire de la peinture de la Renaissance italienne", et deuxièmement, les reproductions des oeuvres nous sont données et l'auteur les aborde, mais seulement de loin.
Cet ouvrage conviendrait-il pour des élèves du secondaire? Ma réponse est non, même si, moi-même, j'y ai trouvé un grand intérêt. Il est beaucoup trop spécialisé, parle d'oeuvres dont 90% des élèves n'ont jamais entendu parler (et certains d'entre nous non plus! Qui connaît Domenico Veneziano, Ambrogio Lorenzetti ou Duccio di Buoninsegna,pas moi en tout cas!Et pourtant, la peinture m'intéresse)
Les analyses sont vraiment trop fouillées et la formulation est très compliquée, par exemple: "présence auratique du roi et de la reine", "on pourrait dire que la peinture se montre dans son état incohatif" ou "il y a quelque chose de beaucoup plus grave et fascinant, parce que insinuant, subreptice et peut-être même subversif".
Pour conclure, je dirais que j'ai été contente de découvrir cette somme, mais contente aussi d'arriver au bout!