Voici un ouvrage « labélisé » Carlos Sorín. On y retrouve tous les ingrédients de ses films précédents. Si la forme est minimaliste, le fond demeure toujours vaste comme ces espaces infinis qu'il se complait à nous montrer.
Le style est d'emblée affiché : un road movie. Dans ce film, Carlos Sorín retourne dans la lointaine Patagonie, au long de routes infinies. Trois obscurs destins vont s'y croiser. Une indigente qui a gagné un concours télévisé ; un voyageur de commerce qui s'encombre d'un gâteau à la crème dont la décoration ne lui convient pas ; un vieux monsieur qui va récupérer un chien perdu depuis trois ans mais qui aurait été aperçu à 300 kilomètres de là. Le jeu télévisé est lamentable, le gâteau épouvantable et le clébard - dénommé à juste titre « mala cara » ou « sale gueule », ne vaut pas le déplacement.
Malgré cette réalité misérable, l'optimisme règne. Et chacun de ces trois modestes accomplira son parcours avec un réel bonheur. Sorín nous adresse un beau message d'espérance tout en restant très lucide sur l'état de son pays.
Une jeune biologiste qui prend l'ancêtre en stop lui avoue en se présentant : « Je suis biologiste et je vis en Argentine. Ce qui est une absurdité ».
Nous découvrons ce qu'humanité veut dire et que ce peut être autre chose qu'un vain mot.
Si l'on veut découvrir « l'Argentin-type », il est bien présent, notamment en la personne du responsable des Ponts-et-Chaussées de San Julian. Chacun de nous espèrerait le rencontrer un jour sur sa route.
La photographie est dépouillée à l'extrême. Comment faire mieux ressortir le dénuement de ces terres du bout du monde ? Comment mieux dessiner les petits liens qui relient chacun des hommes qui s'y perdent ?
A recommander chaudement aux amoureux des terres australes et à tous ceux qui n'ont pas peur des sentiments véritables.