Quand j'ai découvert Hoffnung et sa musique merveilleusement insolente, j'étais encore adolescent. C'était il y a un demi-siècle. Or voilà un demi siècle que Hoffnung est mort brutalement, dans la fleur de l'âge. Trois ans plus tôt il avait organisé, le 13 novembre 1956, au Royal Festival Hall (excusez du peu) le premier de ses concerts.
Hoffnung vit toujours, grâce aux enregistrements de ces concerts mémorables, dont les deux premiers furent donnés de son vivant. Pour donner une idée de la "folie" de ces manifestations musicales, notons que son concerto pour tuyau d'arrosage et orchestre à cordes (Leopold Mozart) fut réellement et impeccablement exécuté à l'aide d'un authentique tuyau d'arrosage. Le morceau de bravoure de ce premier concert est sans conteste le concerto popolare ("un concerto pour piano pour en finir avec tous les concertos pour piano", annonce le sous-titre), extraordinaire carambolage de concertos de Grieg, Tchaikovsky, Rachmaninov, Gershwin, Beethoven... et j'en passe! Signalons aussi toutes les surprises que réserve la fameuse symphonie "la Surprise" de Haydn qui jusqu'alors n'en offrait qu'une. Signalons une célébrissime Mazurka de Chopin exécutés par un quatuor de tubas. Signalons, signalons...Mais la liste de ces traits d'irrévérence "so british" et si drôles serait trop longue à dresser. Il faut absolument écouter au moins le premier (le meilleur, à mon avis) des deux CD, et plus on aime la musique, plus on appréciera qu'un mélomane de génie (et qui sait ses notes), Hoffnung, ait osé aborder le répertoire le plus fameux avec une totale irrévérence.
Last, but non least, je rappelle, également dus à Hoffnung, quantités de charmants dessins publiés en leur temps par Dobson et maintes fois réédités depuis lors. De petits chef-d'oeuvre, débordant d'intelligence, de grâce, et de tendresse.