L' Homo sacer est dans le droit romain archaïque celui que l'on peut tuer sans commettre d'homicide, en respectant une mise à mort rituelle.
Giorio Agamben réfléchit la vie et la mort dans le cadre de cette biopolitique, de l' Antiquité à Auschwitz.
Les théoriciens de contrat social, comme Hobbes, notait que le Souverain restait en dehors du pacte, il est l'homme d'exception qui reste à l' état de nature. Chez Schmitt, ou encore Benjamin, cette "vie nue" est ce qui "entretient la relation la plus intime avec la souveraineté".
On peut alors s'interroger sur ce double statut de la vie nue, entre d'une part la souveraineté et son statut d'exception, et d'autre part cette exclusion qui a pu précéder des événements comme Auschwitz.
C'est avec la figue de l'homo sacer qu' Agamben éclaire cette apparente contradiction. C'est bien souvent le sacré qui revêt une double connotation, à la fois "sain" et "maudit", à ne pas confondre avec la "sacratio" de la vie religieuse.
Pour Agamben, l'homo sacer est comme la mémoire originaire de la mise au ban souverain, de l'exclusion d'où provient la sphère politique. Dès lors on peut concevoir comme premier élément politique non plus la vie, mais la vie en ce qu'elle est exposée à la mort: la vie nue, donc, sacrée.
Il s'agit là d'un changement de paradigme par rapport aux théories du contrat. L' Etat ne se fonde plus sur le lien social, mais plutôt sur sa dissolution qu'il interdit: "ce lien a lui-même la forme d'une dissolution ou d'une exception, dans laquelle ce qui est capturé est en même temps exclu".
La société est donc d'avantage comprise sur le modèle du ban que du contrat.
Dès que la politique se met à statuer sur le vivant et sur les corps, elle devient biopolitique. C'est dans la lignée de cette analyse qu' Agamben conçoit Auschwitz. Les camps sont en effet le paradigme de cette biopolitique.
La vie "sans valeur", donc "tuable", élaborée par le nazisme, renvoie immédiatement à la définition de l'homo sacer. Il s'agit de déceler dans l'homme une vie nue que l'on puisse lui dérober impunément.
Le totalitarisme a son fondement dans cette identité dynamique de la vie et de la politique.
Agamben conclue sur cette thèse principale et cruciale: le paradigme politique de l'occident aujourd'hui n'est plus la cité mais le camp, comme trace de la mise au ban orginelle.