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Sur
Homogenic, troisième album de la chanteuse islandaise Björk, des événements personnels qui lui valurent les gros titres se transforment en poussées d'introspection. Après une année mouvementée, marquée par la réception d'un colis piégé, une altercation dans un aéroport et une bagarre entre ses ex-amants Tricky et Goldie, Björk ressent le besoin de se ressourcer. Sur cet album, elle se perd dans un océan d'instruments à cordes accompagné de techno minimaliste. L'excentricité et la schizophrénie stylistique de
Debut et de
Post cèdent ici le pas à une face plus sombre, plus sublimée. Dans
Homogenic, non seulement ses chansons évoquent des thèmes plus adultes, comme la paranoïa, les ruptures et la désillusion, mais ils sont traités dans un registre plus homogène. Rien d'étonnant à cela, puisque Björk a assuré elle-même la production de l'album. Mis à part une collaboration ponctuelle avec Mark Bell, de l'obscure formation techno LFO, et avec l'Octet à cordes islandais, cet album est le reflet le plus pur de sa vision personnelle. Qui pouvait penser qu'un personnage aussi déroutant pouvait avoir une représentation du monde aussi noire ?
Homogenic est difficile à avaler d'une traite, et certaines chansons, comme l'ardu "Pluto", sont franchement inécoutables. Mais il y a des moments d'inspiration qui en transcendent la noirceur, notamment le méditatif "Joga" et l'inspiré "Bachelorette".
--Aidin VaziriElle explore de nouveaux horizons et découvre les chemins chaotiques de la passion amoureuse... elle célèbre les différences et met son public au défi d'explorer des joies paradoxales avec les oreilles grandes ouvertes et une imagination aiguisée... Un des albums les plus courageux - et les plus excitants - de l'année. Rolling Stone (16/10/97).
Critique
Ce troisième album marque un tournant dans la carrière de Björk, après les constructions étroitement liées de
Debut et
Post. Enregistré dans le studio résidentiel de la chanteuse, situé à El madronal dans le sud de l’Espagne,
Homogenic s’impose comme un retour à l’essentiel. Les collaborations qui avaient formé la richesse des premiers albums sont plus discrètes (Eumir Deodato et Howie B restent présents,) et c’est sur Björk elle-même que se concentrent les dix morceaux. Les variations de tons effectuées par sa voix s’imposent avec plus d’efficacité que jamais, dans l’énergie de
«Bachelorette», les tensions d’
«Alarm Call», la légèreté hypnotique d’
«All Is Full Of Love». Surgissant entre les sons parfois expérimentaux, synthés, breaks appuyés, cordes fondues, la voix de Björk sature les compositions par des effets d’échos, accentuation et répétitions (
«Alarm Call»,
«Immature»,
«All Is Full Of Love»). L’«homogénéité» est donc avant tout celle des musiques électroniques associées aux vibrations vocales de Björk, dans un ensemble parfaitement maîtrisé, qui fonctionne comme une caisse de résonances. Moins abordable peut-être, plus audacieux sans doute,
Homogenic est bel et bien l’album de la maturité.
Noëlle Hermal - Copyright 2012 Music Story