Arthur Honegger composa ces deux symphonies respectivement pendant et au sortir de la Seconde Guerre mondiale ; leur langage comme leur thématique reflètent ce lourd contexte historique.
Ecrite pour cordes seules, la Deuxième manifeste un climat très dramatique par sa touffeur polyphonique, ses modulations tonales, ses rythmes drus.
Dans le finale, une trompette chante un lumineux choral qui laisse planer une lueur d'espoir sur les sombres inquiétudes développées auparavant.
La Troisième, dénommée « Liturgique », déploie un programme encore plus explicite où le compositeur suisse a dit vouloir « symboliser la réaction de l'homme moderne contre la montée de la barbarie, de stupidité, de souffrance, de machinisme, de bureaucratie qui nous assiègent ».
Le "Dies Irae" introductif déchaîne des forces aveugles, scandées par un rythme motoriste qui n'est pas sans rappeler le Marcato de la Seconde symphonie de Prokofiev.
Le "De Profundis Clamavi" amène un moment de prière où l'individu s'en remet à la spiritualité en guise d'espoir. Cette étreignante imploration est sans doute le chef d'oeuvre orchestral de Honegger.
Le finale, "Dona Nobis Pacem", est une lutte dialectique qui oppose la « marche des robots contre l'homme civilisé ». La pesante procession va progressivement se libérer de l'aliénation par la révolte, qui s'apaise dans la vocalise sereine et consolatrice de la flûte.
Nonobstant les remarquables contributions discographiques de Charles Munch, Evgueni Mravinsky ou Serge Baudo, Herbert Von Karajan a livré dans ces enregistrements de 1969 une version insurpassable de ces deux opus, qu'il empreint d'une émouvante ferveur : ce témoignage du maestro autrichien s'érige comme un monument de spiritualité dont le message humaniste se veut d'une intemporelle actualité.
La densité et la noirceur des cordes berlinoises, la sombre rumeur des cuivres, l'extrême concentration de tous les pupitres atteignent une puissance expressive incomparable.