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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Outshine the night!,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Honeybee Girls (CD)
La couverture est d'un bleu-nuit confinant au noir. De cette nuit émerge une silhouette en ombre chinoise, comme découpée dans une toile imbibée d'encre, dont la trame est apparente. Une femme sans visage y est parée d'une coiffure spectaculaire, un essaim d'abeilles formant une sorte d'enluminure, peut-être héritée des portraits de Gustav Klimt.Que ceux qui ne sont jamais tombés en arrêt devant une pochette de disque me couvrent de pierres... je veux bien mettre mon i-pod au clou et ma discothèque avec, si quelqu'un me dégotte une couverture aussi belle sortie ces dernières années. Pour élégante qu'elle soit, cette image est aussi en adéquation avec la simplicité et la rudesse de la musique de Shannon Wright : le peu de couleurs et la transparence de la mise en oeuvre font écho au peu d'instruments utilisés, comme à la production « brute » de certains de ses enregistrements. Les tons éminemment nocturnes, appellent une musique qui leurs ressemble. Quant à cette silhouette énigmatique, elle est en phase avec l'image publique d'une artiste dont les photos ne courent ni les rues ni les albums, et dont la petite notoriété ne nous apprend pas grand-chose. Comme souvent chez elle, la musique est principalement constituée de trois ingrédients : voix, guitare et piano. Une batterie l'accompagne dans un style économe et approprié, une basse avec discrétion. L'ensemble se présente sous une forme épurée, sans choeurs ni solistes, une musique réduite à l'essentiel, en quête d'émotion et d'authenticité. Sur le plan vocal, la comparaison avec P.J. Harvey va bon train. Les deux artistes ont bien en commun une voix puissante et plaintive, et un certain nombre de références musicales, mais en y regardant de plus près les différences sont nombreuses. Polly Jean a un accent anglais prononcé, là où Shannon à la voix plus traînante et le chant nettement moins outré. Il en va de même pour son jeu de guitare en finger picking, très personnel, et son piano aux réminiscences classiques que l'on ne s'attend pas à trouver là. Pour ma part, je dirais que la présence passée de Steve Albini à leurs côtés suscite naturellement un tel rapprochement, dont il est finalement préférable de se méfier. L'album s'ouvre sur « The tall countryside », dans un décor rural et acoustique, dominé par une certaine langueur. Le paysage, que l'on imagine simple et beau, banal et ample, défile lentement. Les couleurs en sont un peu éteintes, la nuit tombe. La réalité s'estompe et fait place à une rêverie mélancolique, l'image d'un être cher apparaît... « Trumpets on the new year's eve » met le pied sur l'accélérateur, comme si une douleur s'était réveillée, au point de retrouver dans ses derniers instants la violence de « Over The Sun » (2004), puis s'efface brusquement au profit d'« Embers in your eyes », son jumeau, où le placement de la voix est très réussi. Ses deux morceaux révèlent une influence que l'on pourrait qualifier de « new-wave », présente au fil de l'album et entérinée en fin de disque par la reprise d'un morceau des Smiths. Le piano entendu sur « Let In The Light » (2007), l'album précédent, réapparaît sur un « Honeybee girls » ouateux et embrumé, qui pourrait passer pour du Radiohead sous influence Lali Puna, bien qu'aucune machine ne semble avoir été utilisé ici. Puis l'on retourne à un climat plus acoustique avec « Black rain », une belle complainte apocalyptique. Une folk-song à l'atmosphère soignée, dont le texte distille avec une subtile imprécision autant d'angoisse que de réconfort. Avec « Father », l'influence de Bjork (période « Vespertine ») se fait peut-être sentir : bruissement de sons synthétiques, voix éthérée et instruments perdus dans l'écho. « Sympathy on Challen Avenue », en revanche, est du pur Wright : terrien, sobre et puissant. A ce stade, l'album semble être conçu comme un va-et-vient incessant entre songe et réalité. Et voilà que nous basculons à nouveau dans une ambiance vaporeuse, intimiste, insaisissable, avec « You never arrived ». Rendez-vous manqué. Derrière, « String of an epileptic revival » est peut-être le plus beau morceau de l'album. Il vient comme une conclusion et sonne comme un aveu, d'autant plus troublant qu'il est porté par cette voix toute en force et en contrôle : « I'm hangin' from your string, I'm your puppet I'm not your king », soutenu par un piano remarquable. Ecrite par Morrissey, « Asleep » vient en guise de coda. C'est un terrible retour au point de départ : « I don't want to wake up, on my own anymore ». Triste constat d'un deuil impossible? Repli dans la somnolence évoquée au début de l'album? Passe la tentation du suicide... proche du vertige de la « Disparition » de Keren Ann. Certes, la musique de Shannon Wright n'est pas foncièrement originale. Elle n'en est pas moins très personnelle. Si des influences se font sentir ici où là, ce disque ne ressemble pas pour autant à du P.J. Harvey ou du Bjork. On n'y trouvera pas de grand singles, ni vraiment de morceau-locomotive, mais un « tout » supérieur à l'ensemble de ses parties. A mon sens, c'est ce qui donne une certaine profondeur à ces dix plages musicales, plutôt courtes, belles et bien enchaînées, et à l'auditeur l'envie de les réécouter. Un disque de maturité en somme. C'est le septième album d'une carrière solo qui débuta il y a dix ans, et si les précédents ne sont pas forcément du niveau de celui-ci, tous ont quelque chose à dire. Il semble que « Honeybee Girls » arrive à point pour que soit reconnu à sa juste valeur le talent de Shannon Wright. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
merveilleux,
Par jérome (paris, france) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Honeybee Girls (CD)
Je reste toujours impressionnée par les disques de Shannon Wright (y compris celui avec Yann Tiersen) qui ont toujours su me bouleverser même si celui-ci, tout comme son précédent let in the Light, est plus léger (comprenez que les ambiances sont moins plombées) que ses premiers où elle mettait carrément son coeur au bord du gouffre. Et je ne vais pas lui reprocher d'aller mieux, bien entedu ; pour l'avoir vu deux fois sur scène, c'est vrai que c'est quelqu'un de vraiment incandescent, qui ne dialogue quasiment pas avec son public mais quelle claque là encore ; jamais vu une salle aussi silencieuse entre les morceaux... ce disque est une sorte de mélange de tout ce qu'elle a fait avant ; il y a "embers" qui lorgne sur l'album "over the sun", il y a boulevsrant "Father" (electro ! oui, oui !), "string on epileptic" qui pourrait venir de "let in the light", "never arrived" de maps of tacit...voilà un grande dame, injustement méconnue (mais elle ne le veut pas, de ce que j'ai pu lire), immensément sincère et cela fait véritablement du bien. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4.0 étoiles sur 5
Shannon bright,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Honeybee Girls (CD)
Après un "Let In the Light" qui enterrait les guitares abrasives et le rock en furie pour laisser place à des chansons délicates comme pour annoncer la fin de la collaboration avec Steve Albini, Shannon Wright remet le couvert pour un "Honeybee Girls" qui ne déçoit assurément pas. Cette voix d'une intensité dramatique incomparable, pétrifiante de beauté dont le moindre souffle ou chuchotement vous charge d'une tension émotionnelle rare, alterne une nouvelle fois entre fragilité et combattivité avec une concision et une grâce mélodique devenues aujourd'hui l'empreinte de cette artiste écorchée. "Honeybee Girls" renoue avec les guitares assassines et le rock tendu et rageur le temps de deux titres comme prouver que la panthère ne s'est pas définitivement assagie. "Trumpet's On New Year's Eve" et "Embers In Your Eyes" raviront assurément les amateurs des cavalcades furieuses et acérées de la demoiselle mais n'atteignent pourtant pas les sommets sombres et tourmentées de "Dyed In The Wool" ou "Over The Sun". Cependant, on peut déjà leur deviner un avenir retentissant en live où Shannon fait preuve d'une énergie scénique cyclonique sans aucune retenue. Parmi les autres titres, des compositions à l'acoustique lumineuse, où guitares et piano se partagent équitablement l'ouvrage prolongent l'expérience et la douceur de "Let In The Light". La surprise du disque se dévoile dans le titre "Father" où l'artiste explore l'ambiance électronique vaporeuse et éthérée chère à Thom Yorke. Un territoire avec lequel on ne la pensait pas affiliée mais ce titre révèle une volonté d'expérimentation encore timide et présage un parcours futur enthousiasmant. Il est clair que Shannon Wright n'est plus dans une débauche de violence et de décibels et semble avoir atteint une sérénité qu'elle revendique fréquemment lors des interviews. Une quiétude qui a quelque peu tempéré ses accès de violence sans toutefois lisser son propos car il suffit de se frotter à l'angoissant "Never Arrived" ou au terrible "Strings On Epileptic Revival" pour se rendre à l'évidence : Elle n'a plus besoin d'hurler pour nous faire frémir, ni de griffes pour nous entamer l'épiderme. Si l'enveloppe est moins urticante et vénéneuse que par le passé, le climat n'en est pas moins glaçant et tourmenté. L'unique point négatif pour ce nouvel opus réside dans sa courte durée qui laissera probablement un léger sentiment de frustration mais à un tel degré de subtilité et de nuance, l'écoute en boucle est un devoir.
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