Alors que ses Pixies ressuscités enflamment les salles d'Amérique et d'Europe, Mr. Charles Thompson fait, une fois encore, le choix de dérouter son public - les admirateurs de Frank Black comme ceux de Black Francis. Avec Honeycomb, son 10e album solo (!) depuis 1993, enregistré avec quelques-uns des rats de studio les plus fameux de Nashville, il tourne résolument le dos au rock post-moderne des Pixies pour remonter directement et sans complexe aux sources les plus profondes de son inspiration : la tradition "americana".
"Honeycomb" pourrait n'être qu'un hommage consciencieux aux maîtres du country-folk ; or il montre, comme "Show Me Your Tears" mais de façon bien plus convaincante encore, que Frank Black est lui-même devenu un maître, capable d'imposer son univers dans toutes les circonstances et finalement de transcender un genre ultra-balisé pour signer une oeuvre profondément personnelle, qui ne confond jamais perfectionnisme et application, maturité et conformisme. On n'insistera pas sur les petites faiblesses de cet album (deux-trois solos un peu trop lisses, une "Violet" plus dictée par l'urgence qu'autre chose), on retiendra surtout la beauté, la densité et la subtilité de "Selkie Bride", "I Burn Today", "Strange Goodbye", "Honeycomb" et "Atom in My Heart", quelques titres merveilleux parmi d'autres, servis par une production experte, à la fois soignée et discrète.
Vivement la suite - elle devrait s'appeler "The Sicilian" et atterrir dans les bacs au début de l'an prochain.