Oui, Honkytonk Man est bien une des premières oeuvres majeures d'Eastwood, et une de ses plus personnelles. Cette histoire de chanteur de country qui pourrait s'en sortir, voire réussir, et n'y arrive finalement pas, est bien représentative des histoires de gens ordinaires et losers magnifiques qu'il affectionne. Si l'on ajoute à cela la dimension de la famille recomposée, ici jouée avec son propre fils, qui sera revisitée sous un autre aspect et avec d'autres acteurs (Kevin Costner) dans Un Monde parfait, et la toile de fond de la Dépression, période de l'enfance du cinéaste, qu'il a toujours aimé dépeindre, on se rend compte qu'il n'est pas étonnant que ce film lui ait tenu à coeur (surtout à l'époque où on attendait de lui essentiellement des westerns et des suites de l'Inspecteur Harry). La première moitié du film, la partie dans le Dust Bowl qui se souvient des photos prises par les Walker Evans, Dorothea Lange et autres Arthur Rothstein pendant la Grande Dépression, et le début du périple avec l'enfant, sont magnifiques. On pourra regretter quelques longueurs et complaisances dans la deuxième moitié, mais rien d'important au regard de la tendresse et de la beauté de ce film. A noter que L'Echange, le merveilleux dernier film de ce cinéaste aujourd'hui essentiel, se passe en 1928, juste avant la période de ce film-ci. Quelque vingt-cinq ans après, il est intéressant de voir Eastwood retourner à cette période, avec un sujet et une reconstitution tout différents, mais qui lui parlent sans doute tout autant. Ne ratez aucun de ces deux films: ils disent tous les deux quel extraordinaire peintre de personnages et de l'Amérique est Clint Eastwood.