Rappelons tout d'abord l'histoire: Au début du 20ème siècle, Pike Bishop et sa bande attaquent un bureau des chemins de fer, tombent dans un traquenard organisé par la Compagnie du Train. Le piège tourne au massacre et tout le reste du film est la longue fuite de Pike et des survivants de sa bande, sur fond de révolution mexicaine.
La horde sauvage est sans aucun doute mon film préféré. J'aime particulièrement Melville mais je ne peux qu'être atterré de ce qu'il écrivit à la sortie du film: "Nous traversons en ce moment une période de folie dévastatrice en ce qui concerne une des formes les plus belles du cinéma. Le spaghetti a tué le western." et je passe sur les propos désobligeants qu'il réservait à William Holden et à Sam Peckinpah. Melville ne fut pas le seul à éreinter ce chef d'oeuvre (il fut suivi ou précédé par une grande partie de la presse américaine, par Tavernier et beaucoup d'autres). Il commet là néanmoins un énorme contresens. La horde sauvage n'a rien d'un western spaghetti; c'est au contraire un prodigieux hommage au cinéma du dernier Ford, une vision désenchantée de la conquête de l'Ouest, du temps qui passe et qui emporte hommes, sociétés et valeurs, un chant, funèbre certes, mais un chant tout de même pour célébrer encore une fois la grandeur du western classique.
Et puis, il y a toute la profondeur de la comédie humaine, le courage et la ladrerie, le refus de tout manichéisme; même les pires en apparence des personnages de ce film ont leurs instants de fragilité; tout est parfait dans cette oeuvre; la narration y est d'une cohérence et d'une densité exceptionnelles; la photographie y est d'une constante et rare beauté. Les acteurs sont au sommet et William Holden est sublime de fatigue désabusée et n'a rien de "cette outre à vin et à alcool, avec les yeux abîmés" que décrit, dans une phrase aussi bête que réductrice, Jean-Pierre Melville.
A l'époque, la critique n'a voulu voir dans "la horde" qu'une orgie de sang et de violence; aujourd'hui, ce film a enfin pris sa place dans le panthéon des grands classiques du cinéma et c'est tant mieux!
Un DVD un peu indigent. Dommage...