Écrire avec assurance (comme ici) que The Dead Weather constitue le plus important super groupe de rock alternatif actuel, démontre amplement à quel point le binaire électrique peut griller les neurones les plus robustes : dans la marge, super, extra, et formid' sont en effet des qualificatifs dénués de sens. Aggravons notre cas en précisant, donc, que ce groupe de Nashville rassemble le bassiste Little Jack Lawrence (par ailleurs membre de The Raconteurs, qu'on peut lui également considérer comme un groupe récréatif), la chanteuse Alison Mosshart (reine du lo-fi garage rock avec The Kills, et qui adopte ici le surnom de Baby Ruthless, offrant en outre une assez bonne approximation de la façon de chanter de Jack White), le claviériste Dean Fertita (stars des Queens Of The Stone Age), et Jack White, figure de proue de The White Stripes (qui tient essentiellement ici la batterie, son instrument originel, et incarne la vraie tête pensante de l'aventure, puisque son producteur).
Sachant que Fertita et White retrouvent aussi, plus souvent qu'à leur tour, les Raconteurs en studio ou tournée, vous développerez les recoupements possibles entre blues marécageux, partouze, et soirée entre copains. Vous avez quarante-trois minutes, durée des dix chansons de ce premier opus. Ce qui nous laisse le temps d'apprécier cette musique sans pression (quelques bières, trois semaines de studio, un enregistrement dans les conditions du live, beaucoup de guitares maltraitées, et l'ombre méphistophélique de The Doors, un peu partout), et qui prend, primesautière, son élan sur le tremplin du Delta du Mississippi, avant de s'autoriser toutes les digressions et variations (jusqu'à la reprise du
« New Pony » de Bob Dylan). Le tout déclinant la bonne vieille antienne baptiste que le diable est une femme, mais que le groupe conserve dans sa musette assez de riffs implacables pour le museler.
Moins que des éruptions permanentes, l'album décline plutôt un blues rock hypnotique (le single
« Hang You from the Heavens ») qui incite in petto à classer la rondelle quelque part entre une démo de Jeffrey Lee Pierce et de son Gun Club, et une poignée de faces B de Nick Cave and the Bad Seeds. Sans doute inférieur aux qualités intrinsèques de ses individualités,
Horehound démontre toutefois (et des les premières mesures grondantes de
« 60 Feet Tall », en ouverture), que ces quatre musiciens ont voulu, goûté, et conduit l'épopée avec la constance et la fièvre qui appartiennent à tous les rockers authentiques, quelle que soit la décennie concernée.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story