Bono, The Edge, Adam Clayton, Larry Mullen Jr. et celui qu’on sait être le cinquième membre du groupe, Brian Eno, sont en pleine force de l’âge. Une production calibrée, des textes engagés, une énergie à peine altérée... ce douzième album studio du plus célèbre des groupes irlandais s’appelle
No Line on the Horizon et a été très, très attendu.
Pour commencer, U2 s’offre le luxe des photographies d’Anton Corbijn, réalisateur d’une biographie cinématographique de Ian Curtis (
Control, 2007) et de nombreux
artworks musicaux comme
Viva La Vida de Coldplay (produit par Brian Eno… il n’y pas de hasard). Il s’offre également un autre luxe : celui d’utiliser un visuel d’album déjà existant. En effet, la (sublime) image de l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto couvrait déjà la pochette de
Specification Fifteen (Line, 2006) de Taylor Deupree et Richard Chartier. Le fait est quelque peu choquant au vu de la sensibilité artistique exhibée par le groupe… Fort heureusement, U2 ne gâche pas trop son capital de sympathie en signalant à la fin de son livret toutes les coordonnées d’AIDS, Amnesty International, GreenPeace, etc.
Enregistré entre Fez, New-York et Londres,
No Line on the Horizon se place donc tout naturellement dans la ligne tracée depuis des années par U2 : celle de l’engagement et de l’universalité. Les paroles, principalement signées par Bono, ont le sens de la formule et du refrain entêtant. Peu surprenantes, donc, mais efficaces. En revanche, l’ensemble des mélodies peine à tirer vers un réel renouveau, se contentant d’être seulement de qualité (moyenne). C’est peut-être déjà beaucoup, mais on est en droit d’en attendre plus.
Le groupe a cependant plus d’un tour dans son sac. Car l’album étonne par son évolution. Contrairement à beaucoup de disques où l’on commence très fort sans toutefois maintenir la force d’expression,
No Line on the Horizon débute de façon peu convaincante, mais gagne en profondeur au fil des chansons. En effet, le titre éponyme ouvre l’album sur une chanson (trop) typique de U2, avec ses rythmes tribaux, son chant purement performant, sa basse précisément mesurée et ses guitares flamboyantes, souvent renforcés par des petites envolées de synthétiseur. Le piano a aussi sa place, grâce aux doigts agiles de The Edge, et les violons peuvent s’approprier un bel espace lyrique, comme dans le deuxième morceau, «
Magnificent ».
Il y a une première bonne surprise, «
Moment of Surrender », cependant gâché par des chœurs tout à fait dispensables. Puis il y a ces chansons qui tournent trop rapidement au banal, comme «
Fez », ou un bruyant «
Get on Your Boots ».
Heureusement, c’est le beau «
White as Snow » qui change la donne, avec sa poésie et sa simplicité. Suivent des titres où l’émotion perce enfin, jusqu’à «
Cedars of Lebanon ». Cet ultime et somptueux morceau s’impose tout en retenue, et prouve que U2 peut être bien plus convaincant dans des ballades, surtout lorsqu’elles sont interprétées par un technicien du genre, Bono.
The Edge a déclaré un beau jour que si le rock’n’roll perdait son humour, il pourrait devenir très ennuyeux. Certes,
No Line on the Horizon n’est pas (très) ennuyeux. Mais U2 a manifestement beaucoup perdu de son humour, et ce depuis déjà quelques années. Cependant, on ne change pas une équipe qui gagne – et cette équipe-là n’est pas prête à la défaite.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story