Au tournant des années 70-80, Freddie Mercury se prend d'amour pour les musiques dansantes en vogue dans les clubs. En 1980, l'album
The Game inaugure ce tournant, avec le morceau au succès planétaire
« Another One Bites The Dust ». C'est de cette dynamique impulsée par Freddie Mercury ainsi que John Deacon (amateur de toujours de soul et de funk) qu'est issu ce 11ème album de Queen. C'est également de cet élan vers les sonorités dansantes et synthétiques en vogue (on assiste alors à la percée dans les charts de la synth-pop et de la new wave) que naîtra le premier album solo de l'excentrique Castafiore moustachue,
Mr Bad Guy, qui sortira en 1985.
Hot Space sera très décrié par les fans et la critique; et Queen ne jouera d'ailleurs quasiment aucun morceau en live, hormis le single
« Under Pressure ». Issu d'autres sessions que celles des titres de l'album, ce beau duo avec David Bowie était sorti isolément quelques mois avant l'album, et n'a été ajouté en dernière minute que pour limiter le fiasco qui semblait inévitable.
L'album peut être divisé en deux parties, qui correspondent aux deux faces du 33t original. La première, dansante, est composée de morceaux surprenants dans un registre funk/disco, sur lesquels la session rythmique, et singulièrement la basse de John Deacon, est l'élément central. Autour de la quatre-cordes grasse, les compositions se parent çà et là de cuivres (
« Staying Power »), ou de sonorités synthétiques (
« Action This Day »); souvent pour le pire plutôt que pour le meilleur. Des cinq premiers titres, seul
« Back Chat » est à sauver, pour sa ligne mélodique à la guitare, son ambiance
cool et le chouette solo de Brian May. Le reste n'est que que vulgarité dégoulinante, chant maniéré franchement agaçant, piteuses harmonies vocales, composition poussive et sans inspiration. Et, comme si cela n'était pas assez, les paroles sont d'une bêtise atterrante, dignes d'un boys band en chaleur : « give me your body / don’t talk, don’t talk », « Look at me / I’ve got the kiss of body language » ; « Baby you’re hot… » (
« Body Language »)...
La face B, plus « rock », voit Queen évoluer dans des sonorités plus familières aux fans. Seul le funk ensoleillé à la guitare légère du bien nommé
« Cool cat », dépare; le morceau est néanmoins l'un des meilleurs du disque et annonce déjà le funk délicat de
« Pain is so close to pleasure » (
A Kind Of Magic, 1986). Le hard rock
« Put Out The Fire », qui
rappelle étonnamment le Queen des années 1970, s'avère être l'un de leurs meilleurs morceaux rock de la décennie 1980 ; Brian May, très discret et très peu rock sur le reste de l'album s'y fait plaisir, et c'est jouissif. La ballade au piano dédiée à feu John Lennon
« Life is real » est peu marquante, de même que
« Calling all girls », qui rappelle
« Gloria » (qu'ont intérprété successivement Van Morrison, The Doors et Patti Smith), ainsi que le niaiseux
« Las palabras de amor ».
Hot Space est probablement le plus mauvais du groupe derrière le désastreux
The Miracle. Largement ennuyeux, voire foncièrement agaçant, l'album justifie tout à fait le très mauvais accueil critique. Brian May et Roger Taylor eux-mêmes n'apprécièrent que peu ces expérimentations et les choses en restèrent là, Queen revenant à ce qu’il savait faire de mieux avec
The Works en 1984.
Mikaël Faujour - Copyright 2013 Music Story