Avec
Outside et
Earthling, sortis à deux années d'intervalle seulement à la fin des années 90, le caméléon du rock fit de son mieux pour rester en phase avec des modes musicales changeantes, passant directement d'un personnage de fantôme industriel post-grunge à celui de maître de cérémonies drum'n'bass. Tandis que chaque album avait fourni un échantillon respectable en son genre, en prenant un virage aussi soudain, le résultat ressemblait davantage à du déguisement qu'à du camouflage. Avec
Hours..., Bowie remet à jour sa garde-robe musicale mais, pour la première fois, laisse tomber le masque. Cet album est un message authentique qui nous parle de thèmes comme les regrets et le repentir. Il mélange avec témérité des rythmes trip-hop, des clins d'oeil à la new-wave, les riffs de guitare excentriques de Reeves Gabrels, des tempos lents d'ambient avec des accents de synthé atmosphérique, tout en maintenant la cohésion, qui est celle d'un album pop venu d'ailleurs. Ce CD marque l'aboutissement d'un cycle paradoxal, dans lequel Bowie tire son inspiration de tendances actuelles qu'il a lui-même contribué à inventer il y a trente ans. On dirait que le Major Tom a retrouvé son chemin, et le trajet est magnifique.
--Beth Massa
David Bowie livre avec
Hours un album bien plus « classique » que
Earthling. Alors que
Outside et
Earthling furent avant tout des expériences soniques,
Hours étonne par son insistance sur les compositions. Les sujets traités sont tournés vers l’introspection en s’attardant sur la crise de la quarantaine et les regrets qui parcourent l’existence.
Hours permet de constater que Reeves Gabrels reconduit pour ses compétences dans les musiques de film et de télévision est aussi bien à l’aise sur des blocs sonores que sur des atmosphères plus intimistes. Déjà à l’œuvre dans «
Earthling », Mark Plati, rajouta des lignes de basse sur l’album et devint par la suite co-producteur. Le morceau
« Thursday’s Child » 1er single est une ballade nostalgique assez molle traitant des regrets d’un homme mûr qui tente, malgré les déceptions, de trouver un nouvel amour. Le clip de la chanson plus attrayant montre un Bowie vieillissant et sa femme face à un miroir dans leur salle de bain. Le chanteur y voit un « jeune » David Bowie qu’un un ancien amour embrasse en se moquant de lui .
Le très mélancolique
« Something in the air » conte la fin d’un amour et les rancoeurs afférentes à cette rupture. Bowie livre un motif vocal des plus bouleversants appuyé magnifiquement par les dissonances du guitariste Reeves Gabrels. Les ballades folk
« Survive » et
« Seven » illustrent le retour de Bowie à un songwriting classique où le son sert la chanson. «
Seven », la meilleure du lot et la plus autobiographique, exprime des regrets nostalgiques sur son père et son demi-frère schizophrène Terry. Les morceaux plus rythmés sont inégaux.
« If I’m Dreaming My Lfe » est un rock poussif pourvu d’arrangements assez patauds.
« Pretty Things Are Going To Hell » est bien meilleur par son parfum très glam-rock.
« What’s Really Happening » est le 1er morceau co-écrit avec un internaute. Après mise en ligne d’une mélodie sans texte, Bowie fut inondé par 80 000 offres de collaborations. Le gagnant, Mark Grant, enregistra avec Reeves Gabrels et Mark Plati. Bowie frappait un grand coup en réduisant de manière spectaculaire la distance entre lui et ses fans.
« New Angels Of Promises » un des meilleurs morceaux de l’album, a des allures de suite de
« Sons Of The Silent Age » avec ses lignes de synthé sombres et enveloppantes. Le court instrumental
« Brillant Adventure » où Bowie tire des notes éthérées d’un « Koto », banjo traditionnel originaire du Japon, rappelle
« Moss Garden ».
Hours se ferme sur un rock empoté
« The Dreamers » franchement décevant. Le chant est parfait mais les arrangements ne sont pas très subtils et l’air peu marquant.
Hours est un pas de côté après les grandes innovations stylistiques de
Outside et
Earthling. Reeves Gabrels fut déçu du son à la fois clinique et « cheap » du mix :
ce fut sa dernière collaboration avec David Bowie après 11 ans de bons et loyaux services.
Hours prouve cependant que Bowie maîtrise l’art de la chanson « pop » avec autant d’aisance qu’en ses vertes années.
François Bellion - Copyright 2012 Music Story