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20 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Puzzle intriguant, 9 mai 2004
Ce film par puzzle, commis par le réalisateur de Billy Eliott, est déroutant, surtout la première fois qu'on le découvre sans avoir lu la moindre critique et savoir à quoi on s'expose. Dans The Hours, au fil de deux heures qu'on ne voit pas passer, s'imbriquent trois destinées de femmes presque ordinaires et souvent broyées par leurs contradictions, leurs choix intimes difficiles ou inextricables ; trois femmes fragiles et fortes à la fois dont on déroule les vie en parallèle. Virginia Woolf écrivant son chef d'oeuvre Mrs Dalloway dans l'Angleterre des années 40 après avoir sauvée in extremis d'une première tentative de suicide ; Laura Brown, l'une des lectrices de ce roman à succès dans l'Amérique des années 60 qui, transformée par cette découverte et insatisfaite de sa vie, rêve de devenir son héroïne fétiche et Clarissa Vaughan, la copie conforme de Mrs Dalloway dans les années 90 à New York qui soutient un ami poète atteint du sida dont le plaisir est de la surnommer ainsi pour la taquiner, d'autant qu'elle s'oblige à inviter toujours des amis en soirée pour se sentir exister ... Dans le prisme de ces héroïnes de 3 époques, des hommes en souffrance, dans l'incompréhension, le silence, le doute, la peur ou l'attente, émergent comme des figures chargées de sens et de symboles qui éclairent les questions existentielles agitant l'esprit des héroïnes ... Je noterais au passage la prestation toujours impeccable d'Ed Harris abonné aux seconds rôles, mais quels seconds rôles ?! Stephen Daldry déroule habilement ce scénario original et complexe dans sa dynamique, en saisissant les émotions à fleur de peau. La musique prenante épouse le rythme du film qui reproduit d'une certaine manière le ressac de la mer. Comme dans Les Vagues, l'oeuvre sûrement la plus aboutie de Virginia Woolf que je vous suggère au passage de lire, le réalisateur coud avec intelligence les monologues intérieurs et ces "moments de l'être", tels des coquillages nacrés, envers et contre le flux et le reflux du temps. Par la répétition, la petite enfance, l'enfance, l'âge adulte sont réinvestis non sans brisure, échecs, remords ou frustration. D'aveux de faiblesses en actes de violences psychologiques nécessaires ou obsédants, on apprécie la multiplicité des vies possibles et la force du combat intérieur ou contre le monde et les gens qui nous forceraient au nom de la norme, à renoncer à ce que l'on est et ce que l'on veut! La mise en scène fluide un peu comme le flot de l'eau qui obsède Virginia Woolf, l'une des héroïnes, restitue la psychologie approfondie des personnages à la manière d'un drame intime, intense, où les situations se chevauchent malgré une certaine lenteur de l'action, où l'on sème le spectateur pour mieux l'attirer dans des histoires personnelles presque semblables et pourtant si différentes. J'avoue que j'ai surtout admiré la performance de Nicole Kidman, même si tout le talent de Julianne Moore bouleverse dans sa simplicité et la fragilité de son personnage et si mon actrice préférée reste Meryl Streep, perfectionniste et d'une justesse incroyable. Kidman réalise une prouesse en se transformant, y compris physiquement, en Virginia Woolf plus vraie que nature, prise dans les inflexions de son esprit génial sans cesse secoué par son désir d'écrire et celles de sa vie toujours insatisfaisante où elle se sent vieillie, usée, démodée, incapable de vraiment écrire! Le film est intriguant avec ses éclairs un peu schizophréniques à l'image de chacun des personnages jamais annexes, bien que les hommes soient en apparence réduits à des seconds rôles ! Il est subtil dans ses évocations, exceptionnel justement parce que chaque visionnage donne une nouvelle idée des caractères, des histoires des personnages touchants et riches d'émotions plurielles qui passent très bien chez le spectateur, quand ils ne sont pas carrément envoûtants comme l'écrivaine Woolf et son double Virginia! On ressort de ce film différent, un peu violenté par les réflexions sous-jacentes, interrogatif ou conscient du sens que peut prendre la Vie lorsqu'on décide de reste maître de ses choix et d'être "dans la vie"... A saluer aussi le fait que The Hours fasse peut-être découvrir à beaucoup le talent de l'auteur Virginia Woolf! "J'espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l'aube et le jardin, subconsciemment présents (...). Ce pourraient être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j'essaie de représenter ; la vie elle-même qui s'écoule. (...) Mes doigts portent le poids de chaque mot", écrivait Virginia Woolf. Comme elle avait raison!
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