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5.0 étoiles sur 5
Une date dans l'histoire du cinéma, 27 septembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : 8 1/2 (DVD)
Je tiens Fellini pour le plus grand des cinéastes et, dans son oeuvre foisonnante et toujours renouvelée, j'aime autant le néo-réalisme aux préoccupations morales de la trilogie la Strada-Il Bidone-les Nuits de Cabiria, que la re-création magnifiée de l'enfance qui culmine dans Roma et Amarcord et ces expériences totalement folles et sublimes que sont le Satyricon et Casanova. Comme la Dolce vita, Otto et mezzo est un film charnière : on y retrouve les angoisses morales de la première période et la folie onirique des oeuvres de la maturité. A ce titre, c'est une admirable synthèse et un bon point d'entrée pour les néophytes. Mastroianni est un cinéaste en panne d'inspiration et déprimé. Il se rend dans une clinique pour se reposer et échapper à sa femme comme à sa maîtresse. Il vieillit. Il a des angoisses (admirable scène d'ouverture avec une crise de panique dans un embouteillage). Il ne sait plus quoi dire et comment le dire. Il commence à rêver, se souvient de son enfance, passe en revue les femmes de sa vie (séquence fameuse du harem avec la chevauchée des walkyries de Wagner), fantasme sur celles qui viendront. Et le film se fait sous nos yeux avec ces interrogations vieilles comme le monde (cette femme est-elle celle qu'il me faut ? pourquoi étais-je si heureux quand j'étais un enfant ? comment vais-je vieillir ? ma vie est vraiment celle qu'elle pourrait être ?), transformées par l'Artiste en un spectacle total, festival de couleurs, de sons, d'émotions. Ecoutez plutôt que le critique français qui sabote les efforts du malheureux Mastroianni en posant sur son dernier film le jugement suivant « une succession d'actes gratuits qui peuvent même être divertissants dans leur réalisme ambigu ». C'est exactement ça. En beaucoup mieux et avec Nino Rota par dessus le marché.
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5.0 étoiles sur 5
8 1/2 ne se soustrait pas., 28 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : 8 1/2 (DVD)
A l'heure où la "civilisation des loisirs" renvoie le cinéma à la niche, où la technologie s'amuse avec filtres à gogo et spécieux effets spéciaux, revient le chiffre magique qui peut conjurer ces maléfices : 8 1/2. Au diable les parallèles entre La Divine Comédie et 8 1/2(Dante/Guido ; Virgile/Daumier ; Béatrice/Claudia, etc.), au diable les rapprochements avec le Tasse, Sterne, Joyce, Svevo, Gide, ou Proust, au diable les références du genre « catoblépas » ou « potamogétons », au diable les crétineries de Jean-Louis Bory. 8 1/2 est surtout « una bella confusione » : premier titre envisagé, pour dire la confusion mentale. Et il aura fallu du courage à Fellini pour s'en sortir ! Il n'est que de se souvenir de l'article de Moravia dans Le Nouveau Candide (du 6 au 13 juin 1963) : « Le film qui a empêché Fellini de se suicider ». Au plus fort de la tempête qui secouait sa boîte crânienne, réfugié piteusement dans les bas-fonds de l'impuissance, il captura et ordonna un reste de force pour interroger son art de cinéaste : « À quoi bon tenter d'y mettre de l'ordre ? Le véritable sens en tout ne consisterait-il pas à s'insérer, avec toute la vitalité dont on dispose, dans cette sorte de ballet fantastique en ne cherchant qu'à en devenir le rythme ? ». Fellini avait eu l'idée de 8 1/2 bien avant de réaliser la Dolce Vita. L'histoire de la crise d'une société devait pourtant précéder celle d'une « âme en crise », ce qui paraît logique quand on sait les réticences ou les difficultés qu'il peut y avoir à parler de soi. Difficultés de la conscience, à s'exprimer, à comprendre, à aimer, à vivre... Fellini s'engluait dans la dépression ; 8 1/2 était tout prêt soit à l'y enfoncer, soit à l'en sortir. Le psychanalyste jungien Ernst Bernhard l'aidera à la traverser de part en part - ainsi à se traverser et à traverser le film -, en lui expliquant comment s'abandonner, se laisser aller et se libérer de ce qui doit arriver dans ce qui arrive : « J'avais tellement honte de dire à ma troupe et à Rizzoli que je voulais renoncer à ce film dont l'idée m'avait complètement échappé que j'ai enfin trouvé le sujet : un réalisateur qui ne se souvient plus du sujet de son film. » Guido Anselmi, personnage principal de 8 1/2 et cinéaste, tiens donc ! va goûter aux angoisses de l'autorité impuissante, constamment à fuir, à geindre. Le dégoût sourd au coeur du créateur, encore qu'il ait le doigt sur la gâchette. A lui de décider. Mais il n'a envie de rien choisir. Pour diminuer le mal-être, il suffirait que Fellini-Guido acceptât d'annuler la séparation entre le réel et l'imaginaire, d'effondrer les barrières intellectuelles, de procéder en dilettante à une auto-analyse et de laisser les événements advenir en s'y soumettant. Lâcher la bride à la fantaisie et lâcher prise, c'était bien l'enjeu : « J'ai tourné 8 1/2 sans jamais rien voir de ce que je faisais, parce qu'il y avait une grève de quatre mois de tous les laboratoires de développement », « Et alors, ce n'est plus moi qui dirige le film, c'est lui qui me dirige », « Pour moi, c'est un film libérateur, et j'espère qu'il libèrera aussi les spectateurs ». Quant à ceux qui lui trouveront un air d'avant-garde, Fellini leur répondra : « Je n'ai pas lu Ulysse » ou « L'Année dernière à Marienbad se situait sur un plan de pure abstraction intellectuelle. De ce point de vue, 8 1/2 est l'anti-Marienbad ». Fellini bazarde les outils qui le gêneraient, comme en témoigne la script-girl Mirella Gamacchio : « Non seulement il ne tient aucun compte du scénario, mais il réinvente les dialogues et les situations au moment de tourner... » 8 1/2 contourne les règles traditionnelles d'écriture et de construction d'un récit cinématographique (narration linéaire, raccords image, temps réel, etc.), empêchant les réflexes pavloviens du spectateur. Il faut négliger les règles industrielles pour parvenir à l'art et qu'arrivent en gare les souvenirs, les rêves, l'envol, la vérité et le mensonge, la culpabilité, la religion, les ecclésiastiques, le spectacle de cabaret, la danse, la plage, le feu, la neige, le vent, la chair, les femmes, les personnages étranges et symboliques, les apparitions, les musiciens, l'enfant, et que ces sortilèges de l'imaginaire ne soient pas interprétés trop avant. Dans sa chronique de La Montagne du 6 août 1963, Alexandre Vialatte écrit : « C'est le portrait de la sarabande que danse le monde dans le grenier de l'homme, dans le cerveau du créateur. » Il est sain que l'illusionniste s'illusionne soi-même (que « le conteur se grise de son conte ») avec - pourquoi pas ? - ce petit papier collé en pense-bête sur la caméra : « Ricordati che e un film comico », qu'on pourrait traduire par : « Souviens-toi qu'il s'agit d'une comédie ». Et pour que celle-ci soit universelle, ne pas oublier de styliser. Toujours styliser. Fellini le revendique expressément. Alors l'angoisse, les ratages et le vieillissement deviennent des stimulants. Alors les sensations et les perceptions l'emportent sur l'intellect. Alors l'espace onirique devient familier et la sensualité peut se déployer en phantasmes sur la piste du grand cirque de la vie. Entre 1963 et 1964, 8 1/2 reçut le Grand Prix du Festival cinématographique de Moscou et l'Oscar du meilleur film étranger, sept Rubans d'argent, le prix de la critique du cinéma italien et le prix de la critique du cinéma new-yorkais. Quarante-trois ans après, ce film métalinguistique et métanarratif (sur un film à faire qui se fait sans se faire) reste fascinant, et plus moderne que bon nombre d'œuvres actuelles, le seul qui fut créé par un peintre à part entière. Comme l'écrit Aldo Tassone : « L'histoire d'un échec se traduit ainsi en une victoire de l'art. »
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ENFIN !, 5 janvier 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 8 1/2 (DVD)
Enfin, ce chef-d'oeuvre du 7ème art, enfin en DVD. Et; s'il vous plaît, dans une présentation on ne peut plus parfaite. Film entièrement remastérisé, versions originale sous-titrée ou version française (c'est la première fois, un autre article mentionnant, erronnément,la version français). Pour ma part, j'ai opté pour la V.O. sous titrée (ah, la voix de Mastroianni). Et quels bonus, présentation par D. Dellouche, 81/2 en 6 mémos par Petigrew. Bref, la perfection totale, à comparer, au niveau édition DVD avec le "McBeth" d'Orson Welles sorti il y a quelques années.
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