5.0 étoiles sur 5
Très bien chanté, mais dirigé de façon inadéquate, 12 mai 2012
Hänsel und Gretel (1893) du compositeur allemand Engelbert Humperdinck (1854-1921) est un opéra pour enfants basé sur un conte des Frères Grimm. Pour des raisons de langue, il est beaucoup moins connu en dehors des pays de langue allemande, bien qu'il en existe des traductions en anglais. Son intérêt musical est néanmoins suffisant pour que des adultes l'apprécient.
L'ouverture (qualifiée de Vorspiel) assez longue est une pièce symphonique qui n'a guère de caractère enfantin, malgré de brefs motifs rythmés qui peuvent rappeler sa destination. J'ai comparé Solti avec Karajan
Hansel & Gretel,
Hansel & Gretel et avec Klemperer (ouverture seule, associée avec la 6e symphonie de Bruckner)
Bruckner : Symphonie n° 6 / Ouverture d'Iphigénie en Aulide (Gluck, arr. Wagner) et Hänsel & Gretel (Humperdinck) (Coll. Great Recordings Of The Century). Pour Solti, ça commence très bien, mais on s'aperçoit assez vite qu'il cherche à exalter le caractère wagnérien de l'écriture et la majesté au dépens de la variété et du caractère pittoresque, malicieux et enfantin des passages rythmés ou fantastiques (pour lesquels il faut écouter particulièrement Karajan). Il y a donc dès le début quelque chose de réducteur et de pompeux dans la direction, ce qui sera confirmé par la suite. Pour mémoire, Klemperer déçoit un peu au début, mais progressivement le discours musical gagne en variété et progresse, donne l'impression de raconter une histoire, ce qu'on ne trouve pas non plus avec Solti.
Pourquoi cinq étoiles alors ? C'est que la distribution est d'un niveau extraordinaire pour cet enregistrement de 1978. Il en est de même pour l'enregistrement EMI de Karajan, mais le son, excellent pour l'époque, reste celui qu'on pouvait obtenir en 1953, ce qui peut faire hésiter. Le rôle des deux enfants est tenu par des cantatrices, une soprano pour Gretel, une mezzo ou une soprano pour Hänsel, dont la tessiture plus grave signale que c'est un garçon. Ici nous avons Lucia Popp (qui peut rappeler Schwarzkopf à certains moments) et Brigitte Fassbaender. Ce qui est très difficile à obtenir, c'est que des femmes évoquent d'une certaine manière l'enfance : Popp y arrive davantage que Fassbaender, un peu massive. Mais au point de vue vocal strictement vocal, c'est excellent et en plus ces dames ont beaucoup de tempérament et d'énergie. Pourtant, il y a plus de raideur et moins de rebondissement qu'avec Schwarzkopf et Grümmer (version Karajan), ce qui est le résultat de deux directions très différentes, entre lesquelles il n'est pas difficile de choisir. Mais qui ne connaît que cette version peut avoir moins de réserves que moi.
Julia Hamari, qui est la mère, est vraiment excellente aussi. Vocalement, il en est de même pour Walter Berry, le père, mais on n'est pas satisfait pour autant, car son entrée "Rallalala, Rallalala", de caractère joyeux, est prise avec la plus grande des distanciations et un tempo très lent par Solti, qui ne semble pas savoir ce qu'il dirige et se croit dans Parsifal. Par suite de ce choix, le passage de la joie à l'inquiétude est oblitéré.
Ensuite, ça continue. La Hexenritt est bruyante et le chef force sur les cuivres, mais ça peut se comprendre si on admet l'allusion à la Chevauchée des Walkyries. Partout on relèvera un manque de variété, de grâce chaleureuse et féérique, d'esprit d'enfance, une insistance sur ce que Humperdinck doit à Wagner, un Wagner que le chef aime bien traiter, on le sait, de façon spectaculaire. Mais encore, on appréciera le chant, une Norma Burrowes tendre et caressante dans le rôle du Sandmännchen (le marchand de sable), une Gruberová avec ses moyens et un peu ses maniérismes, mais sans l'expression protectrice qu'avait Anny Felbermayer en 1953, dans le rôle du Taumännchen (l'Homme de la Rosée ou la Fée Rosée) et surtout, surtout, une Knusperhexe (Sorcière) extraordinaire en la personne d'Anny Schlemm. Celle-ci, qui avait commencé les Zerlina et autres rôles de soprano très jeune ( à moins que sa date de naissance, 1929, ait été trafiquée, ce qui peut arriver...) avait 30 ans de carrière derrière elle et avait évolué en mezzo, ce qui lui a permis de jouer les Hérodias, les Klytemnästra ou les Vieille Buryja jusqu'en plein XXIe siècle. De toute façon, la jeunesse vocale serait plutôt un défaut dans le rôle, encore qu'il faille avoir gardé quelques moyens pour que le souci de chanter en camouflant l'usure n'empêche pas la caractérisation. Anny Schlemm est une sorcière idéalement grimacière, variée, plaisamment effrayante et capable de varier l'intensité vocale, ce que ne pouvait plus faire Else Schürhoff en 1953. C'est pour elle que j'ai finalement mis cinq étoiles, après avoir beaucoup hésité.
Cette édition est dépourvue de livret, mais contient l'argument de façon assez détaillée et en français.
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